Léo et Rémi, tous deux âgés de 13 ans, sont amis depuis toujours. À la rentrée au collège, un événement va fracturer leur amitié et les séparer. Le deuxième long-métrage du cinéaste belge Lukas Dhont après Girl, et décerné Grand Prix au dernier festival de Cannes, Close a ému la croisette avec cette histoire qui met en scène une amitié masculine fusionnelle de deux adolescents. Lukas Dhont livre un drame inspiré de son propre vécu : « [J’ai] le sentiment que pendant mon enfance et mon adolescence, tout s’est passé à l’intérieur de moi. Désormais, j’essaye de traduire ce sentiment dans le cinéma. Je veux montrer des personnages pour qui l’impact du monde et du regard des autres se passent à l’intérieur » [1]. Ce récit de vie est remarquablement interprété par les jeunes et talentueux acteurs, Eden Dambrine et Gustav de Waele.

Le film s’ouvre avec une scène où Léo et Rémi jouent ensemble. La première partie nous permet de sentir leur amitié profonde et sincère. Puis vient la rentrée au collège, où ils font face aux premières remarques et aux questions intimes sur leur duo. « Est-ce que vous êtes un couple ? » demande l’une de leur camarade. Ils subissent ensuite des moqueries : « pédales », « tapettes ». À partir de ce moment, la séparation commence. Léo commence à éviter Rémi, à prendre ses distances avec lui, probablement parce qu’il le considère comme collant, ou pour répondre aux standards des élèves (jouer au foot ou au hockey ou parler d’une façon plus familière). Les événements se succèdent en cascade : la naissance d’une bagarre, le personnage de Rémi semble au bord de la dépression, mais la goutte d’eau qui fait déborder le vase, c’est l’abandon du personnage par son meilleur ami, qui entraîne un drame. La deuxième partie suit Léo dans son long deuil et son chemin vers la rédemption.

L’œuvre cinématographique se concentre sur Léo, du point de vue duquel l’on observe les événements. De ce long-métrage, le public retiendra certainement la manière dont Eden Dambrine (qui interprète le protagoniste) porte ce drame sur ses épaules : la prestation du jeune acteur est époustouflante et mémorable. Celui-ci réussit à nous faire croire à son personnage et nous transmet tout type d’émotion. La mise en scène sobre et solaire de Lukas Dhont met en lumière sa performance avec de brillants plans séquences et des gros plans. Jouant avec la luminosité et l’éclairage des visages, le réalisateur nous montre à la fois la tendresse et la froideur de son protagoniste. 

Close est un film sur la fracture d’une amitié et le deuil qui l’accompagne, mais également un long-métrage sur le silence et la culpabilité. Léo essaye de faire son deuil durant l’année scolaire mais la culpabilité le rattrape. Il prend part aux activités normales (sport, jeux avec des amis du collège) comme si rien ne s’était passé, en vain. Il se rend compte qu’il manque quelqu’un, son meilleur ami qu’il a abandonné. Lukas Dhont a réussi à créer une ambiance où l’absence d’une personne pèse chez le protagoniste parvenu à faire son deuil à la fin du film lorsqu’il se confesse à la mère de Rémi : « Je l’ai repoussé ».

D’une subtilité précise, Close est une oeuvre tendre qui n’emmène pas le.la spectateur.trice dans un mélodrame forcé et trop sentimental, à la différence d’autres réalisateurs comme Xavier Dolan, enfant terrible du cinéma québécois, connu pour ses drames osés tels que Laurence Anyways et Mommy. Lukas Dhont a réussi à créer une belle histoire sur la forme et les couleurs, mais un récit triste voire cruel. Comme son nom l’indique, le long-métrage porte sur la proximité des deux protagonistes qui se retrouvent séparés, une distance accentuée par un abandon et un drame. Cette pépite du cinéma belge est à voir absolument.

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