Le taux de ions phosphates y est plus de dix fois supérieur à la norme, le taux de fer plus de six fois et le taux de phénol presque trois fois [1]. C’est dire le niveau de pollution atteint le long de la péninsule du Kamtchatka, presqu’île située au nord-est de la Russie. Une nappe de pollution s’étend sur plus de 40 kilomètres au long des côtes. Elle se propage déjà vers le sud et les îles Kouriles. Très rapidement, la branche russe de l’ONG Greenpeace a dénoncé une “catastrophe écologique” et a demandé une enquête approfondie [2].

Le mercredi 7 octobre 2020, quelques jours après la diffusion de l’information, les autorités russes ont ouvert une enquête pour “violation des règles de gestion des substances et déchets dangereux pour l’environnement” et pour “pollution marine”. Elles disaient avoir repéré, dans leurs premiers échantillons “un polluant dont la consistance est proche du pétrole industriel ou d’une autre substance contenant des composants huileux”. C’est pourquoi elles proposent la piste d’une décharge de pesticides abandonnée. Mais l’idée d’un phénomène “naturel” n’est pas à délaisser, d’autant plus qu’un chercheur du nom de Kirill Vinnikov s’est intéressé à la décharge de pesticides et n’y a identifié aucune fuite [3]. Même constatation en ce qui concerne une hypothèse portant sur la fuite de carburant d’une fusée toxique : les échantillons relevés sont négatifs en terme d’heptyle, un type de carburant parmi d’autres [4].

Quelques jours plus tard, c’est donc bel et bien la piste “naturelle” qui est mise sur le devant de la scène. Selon des résultats d’analyses dévoilés le lundi 12 octobre par l’Académie des sciences de Russie (ASR), il y aurait dans les échantillons d’eau des concentrations élevées de micro-algues (Gymnodinium), qui produisent des toxines agissant sur les invertébrés. Toutefois, aujourd’hui encore, les véritables causes de cette catastrophe sont floues et il vaut mieux attendre des résultats plus fiables et catégoriques pour prendre position [5].

Une pétition a d’ailleurs été lancée sur le web pour demander une “enquête ouverte”. En effet, l’argument des micro-algues avancé par Andreï Adrianov, vice-président de l’ASR, rejetant l’hypothèse d’une pollution industrielle ne satisfait pas assez les Russes de Greenpeace, qui ont décidé de mener leur propre enquête, jugeant les arguments d’Adrianov insuffisants. Sa théorie n’explique par exemple pas les taux élevés de phénol et de pétrole relevés [6].

Impact sur la santé humaine

Le danger, cependant, provient des conséquences que cette étrange nappe de pollution pourrait avoir sur la faune, la flore mais également sur l’être humain. Premièrement, les habitants de la région du Kamtchatka se sont plaints de brûlures et de vomissements au contact ou près de l’eau [7]. Huit personnes auraient même reçu un diagnostic rapportant une brûlure cornéenne au premier degré (au niveau de l’œil) à cause de cette même pollution [8]. Un tel symptôme s’explique par le contact avec des produits chimiques agressifs [9]. Ce genre de symptôme met plutôt en valeur la théorie selon laquelle la nappe serait apparue suite à une pollution d’origine humaine.

Impact sur la biodiversité marine

Un des phénomènes les plus choquants qu’ont pu constater notamment les habitants est l’ahurissante quantité d’animaux marins morts et échoués sur les plages de la péninsule : poulpes, phoques, oursins, crabes, … Les micro-algues qui seraient responsables de cette catastrophe selon la théorie de la piste “naturelle” produisent des toxines qui agissent sur les invertébrés. Cela pourrait expliquer pourquoi la faune marine est autant touchée par la nappe de pollution [10].

Impact sur l’économie locale

Cette vague nocive, qui semble donc se diriger toujours un peu plus vers le sud, est d’une telle importance, que l’ONG World Wide Fund for Nature (WWF) a tenu à mettre en garde en disant “qu’il était probable que des substances nocives se trouvent également dans les poissons”. Or, dans la région du Kamtchatka, l’industrie du poisson et plus précisément du saumon et du caviar compte parmi les secteurs économiques les plus importants. Raison de plus pour comprendre les appréhensions de la population locale [11].

Finalement, plus d’une semaine après la diffusion des images alarmantes de la région, les causes ne sont pas encore clairement définies et semblent opposer Greenpeace et les autorités russes. Les conséquences sont, cependant très claires et permettent de comprendre l’urgence de la situation et la nécessité de réagir dès maintenant pour limiter la progression de la nappe, la mort de la faune sous-marine et les effets néfastes sur les humains.

Tandis que le vice-président de l’ASR assure que cette nappe disparaîtra d’elle-même avec le temps [12], il est possible d’agir pour limiter sa propagation voire l’annihiler. Par exemple, des produits chimiques dispersants peuvent être utilisés. Ils transformeront la nappe en micro-gouttelettes et ainsi faciliteront la dissolution des produits toxiques. Une autre méthode consiste à incendier la nappe. Enfin, il est également possible d’installer des barrages autour de la zone en question pour éviter la propagation et faciliter le pompage des produits néfastes. Parfois même, il arrive de voir des barrages installés le long des côtes [13]. Reste à savoir si une de ces mesures sera prise dans les prochains jours…

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