Scandinavie, des pays pionniers… 

La progression des énergies renouvelables est sensible partout à la fois dans les pays scandinaves et en Europe. C’est toutefois au Danemark qu’elle est la plus forte. Cela fait 30 ans que les pays scandinaves tentent de réduire les émissions de gaz à effet de serre et ils figurent à ce titre parmi les premiers à instaurer une taxe carbone au début des années 90.

Danemark : Le Danemark est aujourd’hui un des pays les plus avancés en matière de transition énergétique. Il a toujours été très sensible aux enjeux liés à l’écologie et il y a une forte conscience écologique parmi la population. Copenhague notamment est connue à travers le monde, non pas pour ses entreprises de pointe, mais pour son approche d’écologie industrielle pionnière.

En 1973, le Danemark fut le premier pays à adopter une loi sur l’environnement et cette ambition écologique ne diminue pas puisqu’il souhaite devenir le premier pays au monde totalement indépendant du combustible fossile avant 2050 [1].

Selon un sondage réalisé par la Fédération des agriculteurs, 95% des Danois sont disposés à changer de comportement d’achat pour préserver l’environnement [2].

Suède : La Suède est sans doute dans le domaine des émissions le pays le plus volontariste car le montant de la taxe carbone a été progressivement relevé (de 20 à plus de 120 euros par tonne). Cela a pour objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2045. Le pays a mis en place beaucoup de possibilités de tri et d’énergies vertes (p.ex. politiques de valorisation des déchets d’incinération) c’est celui qui, en 2018, a consommé le plus d’énergies renouvelables dans l’UE : 54,6% de sa consommation totale contre 18,9% en moyenne pour l’UE. La Suède est tellement efficace qu’elle importe des déchets. En effet, le pays, de par ses incinérateurs, produit suffisamment d’énergie pour environ 250 000 foyers, et du chauffage urbain pour près de  810000 foyers. Hors ses capacités d’incinération sont bien supérieures à la production de déchets, ainsi 800 000 tonnes de déchets sont importés chaque année [3].

C’est aussi le pays d’une grande activiste écologique : Greta Thunberg, symbole de la lutte contre le réchauffement climatique.  Donc, outre une forte volonté politique, il y a aussi, clairement, une forte conscience écologique du suédois moyen.  Ou plutôt, des mœurs qui semblent être en avance sur les autres pays [4] [5].

Norvège : Le pays a entamé une transition pour sortir de l’âge du pétrole. Les Norvégiens réalisent l’urgence climatique et la nécessité de sortir d’un modèle qui n’est pas durable [6]. Le pays a également exclu des marchés publics toute offre venant d’une entreprise dont les marchandises et les produits ont contribué à la déforestation des forêts tropicales. C’est dans cette logique de protection des forêts du monde que le pays a bloqué, en 2019, 30 millions d’euros de subvention destinés au Brésil, car celui-ci ne respectait passes engagements sur la préservation de l’Amazonie [7].

Le gouvernement a également mis en place une taxe environnementale qui s’applique aux producteurs de bouteilles en plastique et de canettes. « La Norvège a le meilleur système de recyclage que je connaisse », avait ainsi confié le député écossais Angus MacDonald lors de sa visite au siège de Infinitum.[8] En ce qui concerne l’avenir, ses ambitions sont également très fortes puisque le pays souhaite réduire de moitié ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et tripler sa taxe carbone sur la même période [9]. 

Finlande : En Europe, c’est la Finlande qui possède la plus grande réserve écologique, avec une bio-capacité supérieure à son empreinte écologique. La bio capacité correspond à la capacité à générer des ressources renouvelables et à absorber les déchets qui en sont issus. Si la bio capacité est plus petite que l’empreinte écologique, alors il y a un déséquilibre [10]. Le pays a également commencé à développer un système de chauffage et climatiseur urbain fonctionnant à base de géothermie et utilisant l’excès de chaleur des eaux usées [11] [12].

Islande : L’accès du pays aux énergies renouvelables est largement favorisé par sa géologie et sa situation géographique exceptionnelle. Aujourd’hui, près de 70% de l’électricité et du chauffage consommés par les Islandais sont issus des énergies renouvelables, l’objectif étant d’atteindre 100% d’ici 2050 [13].

…mais en trompe l’œil :

Danemark : Malgré son excellente réputation en termes d’écologie, le Danemark a des faiblesses et pas des moindres. Celui-ci est en effet le champion d’Europe des déchets ménagers. Alors que des pays comme la Pologne, la Slovaquie ou la Lettonie avoisinent les 300 kilos de déchets par an et par habitant, le Danemark, lui, dépassait les 700 kilos en 2015 [14].

Norvège : La politique écologique de la Norvège est sûrement la plus paradoxale de toute la Scandinavie en raison de sa volonté de continuer à exploiter son pétrole et son gaz et même de développer l’exploitation en particulier en mer de Barents. Pourtant dans les transports notamment, la Norvège incite au développement de la voiture électrique. Elle le fait à grand renfort d’incitations fiscales et en taxant lourdement les véhicules traditionnels, alors même que ses exportations massives d’hydrocarbure contribuent au fonctionnement de ces mêmes véhicules traditionnels qu’elle sanctionne, mais à l’étranger où les restrictions sont bien moins fortes. 

La Norvège exporte sa pollution: 15ème rang des pays les plus vertueux du monde en matière d’impact environnemental (volume de CO² généré à l’intérieur de ses frontières) par l’ONU, le pays passe à la 128ème place, si l’on tient compte de la pollution qu’elle exporte [15].

Suède : En Suède, c’est la consommation des ménages qui pose un problème : ils représentent deux-tiers des émissions. Selon les calculs de l’ONG Global Footprint Network, en 2019, si toute la population mondiale avait consommé comme un Suédois, le « jour du dépassement » où l’humanité a consommé toutes les ressources naturelles que la Terre peut renouveler chaque année, aurait été le 3 avril. A l’échelle de la planète, cette échéance est tombée le 29 juillet [3].

Finlande : Le pays à la biodiversité luxuriante a lancé en 2004 des travaux pour construire une immense zone de stockage de déchet radioactif. Le site vise à entreposer, sur près de 70 km de galerie, pas moins de 3250 conteneurs équivalant à 6500 tonnes de déchets d’uranium. Le site qui s’étend sur 2 km² doit garder ce rôle pour les 100 000 prochaines années. Hors personne ne peut prédire avec certitude  comment le site va évoluer sur cette même période [16].

Islande : Cette petite île géothermique fait elle aussi preuve de certains excès malgré ses grands efforts en termes énergétiques. En effet, elle fait figure de mauvaise élève pour ce qui est de son système de transport. Le pays compte 98 aéroports pour 339 000 habitants et n’a aucune gare, pourtant le train est 5 fois moins polluant que l’avion. Hélas du fait de ses plus de 2 millions de touristes et d’une topographie peu propice à la création de chemins de fer le pays ne risque pas de modifier son mode de fonctionnement de sitôt [13]. 

Il existe de grands contrastes entre les pays nordiques et, finalement, nous ne pouvons pas en retirer un seul modèle commun à tous. Leur seul point de convergence est la mise en place de réformes tôt et une conscience de la société civile qui pousse les gouvernements successifs à développer des programmes écologiques. Étant parmi les premiers pays à avoir eu une prise de conscience sur les enjeux écologiques, ils ont une certaine avance sur les politiques et ont pu expérimenter les politiques qui marchaient ou non et peuvent ainsi inspirer bon nombre de futures politiques. Néanmoins, leurs politiques ne sont pas applicables universellement. La géothermie, par exemple, est propre aux pays ayant une forte activité géothermique. De la même façon, c’est parce qu’ils ont des moyens financiers forts, notamment issus des ressources pétrolières, que certains d’entre eux, telle que la Norvège, peuvent se permettre une politique très ambitieuse.

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