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Depuis juin 2014, un groupe de représentants associatifs se réunit pour réfléchir à un projet commun de faîtière alternative. Parmi les associations membres, on retrouve de grandes associations telles qu’Uniparty, Uniaccueil ou l’Association des étudiants en Médecine (AEMG). Au total, ce sont treize associations qui se rassemblent hebdomadairement. Je ne compte pas discuter des arguments des deux camps dans cet article. Cela fera l’objet d’autres articles. Pour le moment il n’est pas encore temps d’aller dans le débat mais il faut rester au niveau de son déroulement pour mieux comprendre l’opinion exprimée dans cet article. Cette opinion est simple : certains sujets de politique universitaire méritent une plus grande transparence et une plus grande inclusion démocratique. La volonté de réformer la faîtière de tous les étudiants en est un, et il mérite d’être rendu public. Avant d’aller plus loin, rappelons ce qu’est une faîtière à l’UNIGE.

L’actuelle association faîtière des 16 000 étudiants de l’Université de Genève se nomme  Conférence Universitaire des Associations d’Étudiants (CUAE pour les intimes). Ses objectifs sont à la fois simples à comprendre mais complexes à mettre œuvre: rassembler les étudiants à travers des projets communs et défendre leurs intérêts. L’association faîtière a donc à la fois un rôle de coordinateur de la vie étudiante (événements interassociatifs, soirées, etc. à la manière d’un Bureau des étudiants à la française) et de syndicat étudiant. Le travail fait par les membres de la CUAE est si important que l’organisation est obligée de s’entourer de trois secrétaires permanents rémunérés et choisis parmi les étudiants. Il n’est donc plus seulement question de bénévolat mais aussi d’un véritable travail de fond avec une transmission de savoir-faire et de connaissances qui dure depuis quarante ans. La CUAE s’est engagée et continue de l’être contre la hausse des taxes universitaires, le droit au logement, la dissolution S.E.S, la reconnaissance des associations ou encore pour aider les étudiants qui font recours (pour des examens, exmatriculation abusive…). La liste est encore longue. Pour plus de renseignements, voir notre article de questions-réponses à la CUAE.

Un projet qui avance vite mais qui est encore flou

Les associations qui désirent changer ce mode de fonctionnement reprochent notamment l’idée d’une seule entité qui confond représentation politique et organisation d’événements. La crainte de celles-ci est le ternissement des activités non politiques par les activités politiques. C’est pourquoi  elles se sont réunies sous un projet commun : l’Association Faîtière de l’Unige (AFU). Cette proposition reste encore incertaine et ouverte aux modifications. Globalement, le projet AFU est esquissé sur la même silhouette qu’une association classique. À sa tête se tiendrait un-e président-e secondé-e par un-e vice-président-e, un-e trésorier-e et un-e secrétaire. La nouveauté est la création d’un poste dédié aux affaires universitaires et un autre à la coordination de la vie étudiante. Ainsi, il y aurait une séparation des deux pôles de la faîtière actuelle. La crainte de la CUAE, partagée par beaucoup d’autres associations, est que cette division mène à une opposition à l’interne de deux rôles liés : celui de syndicat et de faîtière. Un autre changement majeur serait que l’Assemblée générale ne serait plus formée par tous les étudiants désireux de participer mais uniquement par les représentants des associations.

Je ne m’attarderai pas davantage sur le contenu du projet de AFU, ni sur le fonctionnement de la CUAE car nous avons préféré laisser la parole directement aux acteurs dans deux autres articles consacrés aux avantages et désavantages de l’AFU. J’aimerai maintenant soulever un point plus important que le projet en lui même.

Plus de communication pour une meilleure démocratie étudiante

J’aimerais profiter de cet article pour élargir le champ du débat, et que vous, lecteurs, participiez aux discussions. Car après tout, ces treize associations qui désirent créer une nouvelle faîtière représente près de 7000 étudiants. Ce qui est considérable. D’où ma question : étiez-vous au courant ? Ces associations vous ont-elles contactés pour vous demander votre avis ? Une chose ne fait pas de doute, c’est qu’elles parlent en votre nom. Les laisserez-vous défendre un projet qui n’est peut-être pas le vôtre ?

Si toutes ces questions paraissent légitimes, c’est parce que ces discussions ont lieu avant tout pour nous, étudiants, mais surtout qu’elles ont lieu sans nous. On pourrait penser que cela est normal. Après tout, la démocratie universitaire est basée sur un modèle représentatif et non sur un modèle direct (à l’instar de la démocratie suisse). Du coup, pourquoi demander un changement? Je pense que certaines questions peuvent être réglées de manière indirecte, par le biais de la représentation. Pour d’autres questions plus importantes, il est nécessaire de passer par une plus grande inclusion des étudiants. N’est-on pas en train de penser à une nouvelle organisation de la vie étudiante ? C’est pourquoi plus de participation directe est nécessaire si réellement un nouveau projet doit émerger de ces discussions.

Les raisons pour un débat ouvert

Certains pourraient me reprocher de parler de ce projet alors qu’il n’y a rien de concret. Justement, c’est parce qu’il n’y a encore rien de concret qu’il faut augmenter l’inclusion et la participation des étudiants intéressés. Il ne faut pas attendre qu’un projet soit terminé pour le faire approuver.

On pourrait également me reprocher d’augmenter ou de créer des tensions entre les porteurs du projet AFU et la CUAE en mettant à jour les débats. Néanmoins, je pense qu’écrire librement a pour effet tout le contraire. Cela rend possible un débat plus serein et plus constructif pour trois raisons. D’abord, cela permet de sortir des débats verbaux qui tournent souvent en rond et de leur préférer une forme écrite, plus réfléchie. Ensuite, rendre le dialogue ouvert permet d’exposer les arguments au jugement public, de délibérer sur leurs fondements. Enfin, et peut-être le plus important, parler publiquement des discussions brise la fausse dichotomie entre AFU et CUAE. Jusqu’à présent, la seule source d’information concernant l’arbitrage était le groupe de travail lui-même, composé de la CUAE et de L’AFU. Les étudiants non présents durant les négociations avaient donc deux sons de cloche : ceux des partisans de la CUAE et ceux des partisans de l’AFU. Pourquoi ne pas faire des groupes de travail ouverts sur des sujets spécifiques en reprenant les reproches faits à la CUAE pour tenter de les améliorer : la communication, la coordination d’événements interfacultaires, la préparation d’une nouvelle ligne politique à présenter devant l’AG, etc. Était-ce si compliqué d’accepter leur mise en place ? Est-ce vraiment si complexe à réaliser ? N’aurait-il pas été plus judicieux de commencer par là ?

En rendant le débat public, on brise cette dichotomie en permettant à d’autres de discuter sur des arguments de fond et de dépasser les simples opinions manichéennes. Cela favorise le dépassement d’une interrogation qui ne mène nulle part : « Qui de la CUAE ou du projet alternatif est le meilleur ? » Nous pouvons dès à présent nous poser une autre question, qui parait plus légitime : comment avoir une allocation optimale de nos forces pour améliorer la vie étudiante et continuer à défendre les droits des étudiants ? Et cela, les responsables de la CUAE et du projet AFU le savent. Ils savent au fond d’eux qu’ils sont là pour une seule chose : améliorer le vivre ensemble à l’Université de Genève. Tous sont plus unis qu’ils ne peuvent le faire croire, mais parfois ils l’oublient. C’est pourquoi quelquefois il est bon de le leur rappeler.

Pour toutes ces raisons, ces débats constituent non une tragédie grecque mais une chance unique pour faire entendre de nouvelles idées, proposer de nouveaux projets, avoir une vie universitaire plus vivante et plus unie dans sa pluralité. Nous vous encourageons à participer et à encourager cette dynamique sur la question de la faîtière en ayant à cœur notre vie commune à tous, en tant qu’étudiants. Alors n’hésitez pas et écrivez. Écrivez à la CUAE, à votre association facultaire pour faire savoir que vous êtes intéressés à répondre vous aussi à la question : quelle serait votre faîtière idéale ?

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