“There are three kinds of lies: lies, damned lies, and statistics.”

Attribué à Benjamin Disraeli

Quels sont les premiers chiffres que les hommes politiques aiment à rappeler concernant la Suisse ?

Avant tout son PIB de 690 milliards de francs (1), soit plus de 80 000 francs par habitant, mais aussi son taux de croissance de 1.1% (2) combiné à une faible inflation de 0.1% (3), ou encore son taux de chômage à moins de 4.3% (4), pour un salaire médian de 6502 francs (5). Certains iront même jusqu’à vanter l’excédent budgétaire de 2 milliards en 2016 (6) ou le montant de la dette publique, tout cela comme de multiples preuves d’un pays géré de manière raisonnable et efficace, par une classe politique compétente.
Mais demandez aux Suisses quels chiffres leur viennent à l’esprit quand ils pensent à leur quotidien et un autre son de cloche se fait entendre : loin de palabrer sur des statistiques macro-économiques un peu abstraites, ils vont mentionner ce qui les touche. Le thème du niveau élevé des loyers et de l’assurance obligatoire va revenir inlassablement. Les gourmands mentionneront accessoirement le prix de la viande (7).

D’autres statistiques, moins souvent paradées, rendent compte de cette réalité-là. En 20 ans, entre 1996 et 2016, les coûts des primes d’assurance maladie ont augmenté de 159% (8) alors que les salaires n’ont augmenté que de 25% (9). A ce rythme, et si les primes d’assurances étaient gelées il faudrait 66 ans aux salaires pour rattraper ce retard, soit la période de temps nous séparant du couronnement d’Elisabeth II ou de la mort de Staline. Les loyers quant à eux ont augmenté en 20 ans de 20% de plus que le salaire médian (10) alors que des travaux d’économistes montrent qu’ils auraient dû baisser, notamment du fait de la baisse des taux d’intérêts hypothécaires (11, 12).

Nous avons donc décidé de demander aux jeunesses de parti genevoises ce qu’elles pensaient de ces statistiques corroborant les impressions de la population. Et comment elles répondraient à ces préoccupations. Nous avons aussi abordé la question de la pauvreté qui s’accroit en Suisse jusqu’à atteindre les 8.2% (13), car c’est un sujet encore peu discuté et presque tabou dans notre pays prospère.

Vous trouverez ci-dessous les questions et réponses des différents partis

Les primes d’assurance maladie ont doublé entre 2000 et 2016 alors que le salaire médian a augmenté de 25% (source OFS). Que pensez-vous de cette situation et quel avenir pour le système de prévoyance envisagez-vous ?

Jeunes Vert-e-s : La hausse des coûts de la santé et des primes d’assurance maladie est une inquiétude importante pour les ménages et un motif de renoncement à certains soins. Cette situation est inacceptable. La tâche d’une caisse maladie est d’assurer l’ensemble des coûts de la santé. Mais la concurrence entre assureurs entraîne une “chasse aux bons risques” qui ne conduit ni à plus d’efficacité, ni à une meilleure qualité des soins. Ce système entraîne une sur-couverture des soins les plus rentables et une sous-couverture des prestations moins attractives financièrement. Nous avons besoin de règles étatiques de compensation sociale, de limitation des coûts et de promotion de la santé. La prime à la tête doit être remplacée par une prime dépendante du revenu, pour un système de santé équitable et solidaire.

JDC Genève : Cette situation est catastrophique car elle ruine les finances des foyers de la classe moyenne et des classes populaires. La population a du mal à comprendre ce système de fixation des coûts, assez opaque et arbitraire. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut lutter contre des hausses démesurées et asymétriques par rapport aux salaires. Le PDC a lancé une initiative populaire pour freiner la hausse des coûts : en cas d’acceptation par le peuple, toute augmentation des primes devra être proportionnelle à l’augmentation des salaires, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Vert’libéraux – Jeunes : La situation des primes d’assurance maladie est intolérable et nécessite des mesures concrètes. Nous en défendons plusieurs, notamment l’uniformisation de la participation de l’État aux frais en ambulatoire et aux soins avec séjour hospitalier ainsi que la libéralisation du marché des médicaments face à la concurrence étrangère. Nous souhaitons également instaurer un contrôle accru des réserves, voire, si nécessaire, mettre en place une caisse publique. Pour ce qui est du système de prévoyance, les JVL défendent des mesures structurelles incluant une flexibilisation de l’âge de la retraite et un alignement de l’âge de référence pour les femmes et les hommes. D’autres réformes devront cependant être envisagées à plus long terme où le système risque de devoir être entièrement repensé.

Jeunes Libéraux-Radicaux (JLR) : Tout d’abord, le système de santé suisse est l’un des meilleurs au monde, mais aussi probablement l’un des plus chers. Les primes pèsent de plus en plus sur le budget des ménages et il faut s’attaquer aux coûts, et non pas changer de financement, ce qui ne changera rien. Plusieurs pistes sont à explorer.
Il faut améliorer la politique hospitalière (les hôpitaux représentent 1/3 des coûts totaux de la santé) et favoriser le traitement ambulatoire pour les opérations ne nécessitant pas d’hospitalisation. Tous les hôpitaux ne peuvent pas proposer les mêmes prestations. Il faut se concentrer sur l’excellence et limiter les structures surdimensionnées.
En plus, la structure actuelle du financement est complexe : ça nuit à la transparence et ne crée aucune incitation à réduire les coûts.

Le taux de pauvreté a progressé en Suisse (source OFS) de 6,7% en 2014 à 8,2% en 2017. Face à ces données, les Chambres fédérales ont-elles des mesures à prendre? Si oui, lesquelles?

Jeunes Vert-e-s : Le revenu de base inconditionnel répond à plusieurs défis sociaux : l’augmentation de la numérisation entraînant des pertes d’emplois, la menace croissante du chômage pour les personnes âgées, la dévalorisation et les bas salaires qui règnent dans certaines professions.
Les personnes disposant d’un RBI ne seraient plus dépendantes de l’acceptation de n’importe quel emploi. Il donne aux parents davantage de liberté pour allier vie familiale et professionnelle. Il permet à tous les individus de réduire leur temps de travail, de consommer de manière durable, ouvrant la voie à un changement sociétal, loin du matérialisme qui épuise les ressources. Le RBI rend possible l’éducation pour tou-te-s, rémunère le travail non rémunéré ou bénévole, et permet aux gens de se développer de manière autonome.

JDC Genève: L’un des moyens de lutter contre la pauvreté est le Revenu de Base Inconditionnel (ou RBI). Aujourd’hui, cette mesure est parfaitement finançable grâce à une micro-taxe sur chaque transaction financière ayant lieu en Suisse, ce qui permettrait à la population de ne plus subir le poids d’une fiscalité souvent lourde et qui donne l’impression de ne plus être adaptée à notre temps.

Vert’libéraux – Jeunes : Sans réponse

Jeunes Libéraux-Radicaux : L’arme la plus efficace contre la pauvreté est la croissance économique. Grâce à elle ainsi qu’à la mondialisation, les avancées dans la lutte contre la pauvreté ont été plus fortes au cours des 50 dernières années que dans les 500 ans qui avaient précédé, comme le montrent régulièrement des études de l’ONU ou de la Banque Mondiale.
Une société dynamique et avec un tissu économique riche est la meilleure manière de lutter contre la pauvreté. Ce qui compte, c’est la mobilité sociale. La pauvreté et les inégalités sont plus difficiles à supporter avec une mobilité réduite qu’avec une mobilité élevée. Une société est riche si elle offre aux gens la possibilité d’utiliser leurs ressources – temps, capital humain et capital physique – de manière productive.

Les loyers pèsent lourdement dans les dépenses des Suisses. A Genève notamment, ils sont parmi les plus hauts du pays. Est-ce une question qui vous préoccupe ? Et si oui, dans quelle mesure souhaiteriez-vous agir ?

Jeunes Vert-e-s :
En 40 ans, les loyers ont augmenté sept fois plus que leur « juste prix ». Trop élevés, ils reflètent la spéculation sur un bien primaire pour tout le monde. Alors que le climat actuel vise à faire du profit sur les logements, la plupart des étudiants, familles, et familles monoparentales peinent à se loger. Il existe un décalage entre l’offre et la demande en logements et avec la construction superflue de bureaux qui restent vacants.
Les coopératives d’habitation permettent d’avoir des logements avec un loyer en moyenne 2 fois moins cher qu’en loyer libre car le logement est sorti du marché de la spéculation.

JDC Genève:
Cette question est en cours de débat au sein des JDC, il n’y a donc pas de position officielle car aucune votation sur ce sujet n’a encore eu lieu.

Vert’libéraux – Jeunes :
La problématique des loyers est importante et pourrait être réglée en favorisant l’accès à la propriété. Pour ce faire, nous soutenons l’abolition de l’impôt sur la fortune et de la valeur locative, ainsi que l’abaissement de l’apport minimum en fonds propres pour l’accès à la propriété. Ceci permettra à la fois d’abaisser les loyers grâce à une amélioration du rendement et de rendre l’accès à la propriété plus simple pour celles et ceux qui souhaitent devenir propriétaires. En compensation, l’introduction d’un impôt sur les gains en capitaux pourrait être envisagée.

Jeunes Libéraux-Radicaux :
De par son territoire exigu, Genève est un bon candidat à la pénurie de logement et à la hausse des loyers. P.ex., la Loi sur les démolitions, transformations et rénovations (LDTR) qui voulait compléter permettre aux locataires de ne pas se voir imposer de hausses de loyer après que des travaux ont été effectués dans leur logement a des effets pervers. En effet, elle décourage la rénovation des immeubles, favorise la dégradation des surfaces locatives, incite au bricolage et diminue la mobilité des ménages.
Un assouplissement de la LDTR en cas de rénovation, permettra d’améliorer la qualité du parc immobilier. Si des ajustements sociaux sont nécessaires, c’est par des subventions ciblées aux personnes et par la fiscalité qu’il faut les faire. C’est plus efficace, et aussi plus juste.

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DébatsSuisse