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  10 oct 2016 à 10:39
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Bali, île paradisiaque ou enfer touristique ?

Lorsqu’on entre le mot « Bali » dans un moteur de recherche, on tombe inévitablement sur des images de rizières verdoyantes, de temples hindous et de plages aux eaux translucides. Ces photos ont toutes deux points communs : elles sont magnifiques et, à part la personne derrière l’objectif, l’endroit semble désert. Et pourtant, le voyageur confiant se retrouve confronté à une toute autre réalité une fois arrivé sur Bali, car en 2014 c’est une bagatelle de 9,4 millions de touristes qui ont visité Bali, soit 7,2 % de plus qu’en 2013[1]. Et ce chiffre ne semble pas prêt de baisser.

L’afflux touristique est réparti de manière très inégale dans l’archipel indonésien  : Bali, les îles Gili ou Java sont généralement prisées des vacanciers, mais même sur ces îles on trouve des disparités de fréquentation selon les régions. L’un des exemples les plus extrêmes de concentration touristique se trouve au sud de Bali, et plus particulièrement entre Ubud et Kuta.

Outre le désagrément d’avoir l’impression de croiser plus d’étrangers que d’Indonésiens dans les rues d’Ubud, le tourisme de masse implique un impact direct sur le mode de vie des Balinais. En effet, le tourisme rapportant passablement plus d’argent que le travail dans les rizières, beaucoup se reconvertissent dans l’espoir de palper une part de cette manne providentielle. Si l’on considère le domaine de l’hôtellerie entre 2009 et 2011, plus de 16’000 chambres supplémentaires ont été comptabilisées sur Bali[2].

L’impact écologique est l’une des conséquences directes de ce tourisme de masse. Les déchèteries et les centres de recyclage ne parviennent pas à suivre la cadence : selon des chiffres de 2012, sur les 13 000 mètres cubes d’ordures qui terminent quotidiennement dans les décharges publiques, seule la moitié est recyclée. Certains habitants se mobilisent, comme par exemple lors d’une campagne lancée en 2012 encourageant les gens à réutiliser leurs bouteilles en PET.

En ce qui concerne l’eau potable, une partie des réserves de l’île est souillée par les décharges à ciel ouvert – toujours plus nombreuses ces dernières années – et les rivières sont de plus en plus touchées par la pollution. Cependant, la situation ne semble pas évoluer dans le bon sens lorsqu’on sait que chaque chambre d’un hôtel quatre-étoiles consomme jusqu’à 300 litres d’eau potable au quotidien[3].

L’engrenage est lancé et, chaque année, 700 hectares de terrain sont déforestés pour permettre la construction de nouvelles routes – le trafic balinais ayant atteint un stade critique d’engorgement – et de nouvelles infrastructures : villas de luxe, hôtels, etc.

D’une manière générale, c’est l’existence même du tourisme de masse qui devrait être remise en question. Quel est l’intérêt de se retrouver sur un site, aussi beau soit-il, entouré de cohortes d’autres vacanciers généralement peu respectueux des lieux et empressés de prendre leur selfie, trophée devenu quasi-indispensable afin de prouver qu’on a vu « ce qu’il y avait à voir »?

Il faudrait peut-être que les agences de tourisme cessent de désigner certains lieux comme étant des « must » dans un pays, car on ne fait que les condamner sur le long terme. Il semblerait que beaucoup de touristes aient besoin d’être rassurés quant au fait qu’ils n’ont rien manqué d’important lors de leurs vacances à l’étranger, et que plus le site est prisé, plus ils en retirent de la satisfaction, même si ces endroits dénaturés par le tourisme n’ont souvent plus grand-chose à voir avec la culture locale. D’autres voyageurs s’agacent sans aucun doute de ne pas pouvoir profiter pleinement de ces lieux si réputés, mais ne regrettent pas « d’y être allés quand même ». Enfin, il y a ceux qui refusent les produits des agences de tourisme et qui recherchent l’authenticité de leur côté. Mais ceux-là doivent aller toujours plus loin.

Si l’on passe outre les différentes manières d’envisager le voyage, le sentiment personnel qui ressort de mes dernières vacances est une sorte de trop plein. Il y a trop de gens, tout le temps et partout. Il est positif de constater qu’une part grandissante de la population mondiale atteint un niveau de vie suffisant pour partir à l’étranger et qu’autant de personnes ressentent de l’intérêt pour des cultures différentes, mais il faut absolument éviter que la démocratisation du tourisme ne devienne synonyme de tourisme de masse, car celui-ci est une impasse.

 

Références

[1]2015), « Indonésie : +7,2% de fréquentation touristique en 2014 » , in TourMag, http://www.tourmag.com/Indonesie-72-de-frequentation-touristique-en-2014_a72154.html (22.08.2016).

[2]Franck Michel (2012), « L’environnement dénaturé à Bali » in Bali Autrement, http://www.baliautrement.com/bali_environnement.htm (22.08.2016).

[3]Bruno Philip (2012), « Tourisme : Bali, c’est fini? », in Le Monde, http://www.lemonde.fr/international/article/2012/07/20/bali-c-est-fini_1736348_3210.html (22.08.2016).

[4]Robert-Charrue Tim (2013), « Bali: le paradis sali », in RTS, http://www.rts.ch/emissions/court-du-jour/5158983-bali-le-paradis-sali.html (22.08.2016).

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Zélie Gottraux

Zélie est rédactrice au sein de Topo depuis septembre 2015. Etudiante en arabe et histoire générale à la faculté des Lettres, elle s’intéresse particulièrement aux questions relatives à la société et à l’individu, ainsi qu’à la situation géopolitique au Moyen et Proche-Orient.Voir les articles de Zélie Gottraux  ⟩