Le 9 février dernier, le peuple suisse a tranché pour moins d’immigration. Depuis, les médias, les réseaux sociaux et les personnages politiques se sont exprimés sur ce résultat. Les partisans de cette initiative ont exprimé leur réjouissance, alors que les opposants, le Conseil Fédéral inclus, ont fait part de leur inquiétude pour l’avenir de la Suisse. L’histoire seule nous dira qui, des initiants ou des opposants ont raison. Or, une chose que nul ne peut contester est que la Suisse sort encore plus divisée de cette votation. Le fameux « Röstigraben » ainsi que le clivage ville/campagne pour les questions d’ouverture et d’internationalisation de la Suisse ne sont certes, rien de nouveau. Toutefois, la fréquence de ces fossés entre suisses pose la question de l’unité nationale de ce pays. Les initiatives populaires de l’UDC touchant à l’immigration, la naturalisation et à la prétendue «islamisation » de la Suisse se faisant de plus en plus nombreuses, ce n’est probablement pas lors des prochaines votations que la Suisse pourra renforcer son unité nationale. Christophe Blocher, dans une interview à la Basler Zeitung, n’a pas fait beaucoup pour unir les suisses en expliquant le « non » des suisses romands à l’initiative par leur faible sentiment de conscience nationale [1]. Au fond, les suisses allemands et les suisses romands, les citadins et les ruraux, veulent-ils vraiment la même Suisse ?

Vote rationnel ou émotif ? 

    Est-ce l’émotion ou la rationalité qui a parlé lors de cette votation ? Alors que les observateurs européens ont qualifié le vote suisse « d’émotif », les membres de l’UDC ont préféré parler d’un vote « rationnel » et « logique ». Est-ce vraiment rationnel de mettre la faute du dumping salarial, de la crise du logement, des abus sociaux et des infrastructures surchargées sur les immigrés, et dire que la croissance économique et le faible chômage soient l’œuvre uniquement des suisses ? Là encore, l’histoire nous le dira. En tout cas, ceux pour qui le vote fut rationnel ne peuvent plus se plaindre : les immigrés ne pourront plus être tenus pour fautifs des problèmes de ce pays.

    Sur une note plus personnelle et sûrement subjective, étant enfant d’immigrés et naturalisé suisse il y a cinq ans par amour pour ce pays, je ressens un mélange de tristesse et de dégoût suite à cette campagne. Ceci non parce que les suisses ont choisi de contrôler et de réduire leur immigration, mais à cause de ce qui a été dit sur la population immigrée tout au long de la campagne. Tristesse, parce que les initiants perçoivent la population immigrée dans son ensemble comme des tricheurs et profiteurs du système social suisse. Dégoût, car à aucun moment dans l’histoire de ce pays n’a t-on été reconnaissants envers la population immigrée, sans laquelle ce pays aurait une natalité déficitaire[2] et n’aurait jamais été aussi prospère. Ces immigrés qui, bien qu’ils ne possèdent pas le même passeport que nous, ont contribué à bâtir ce pays autant que ceux qui ont un passeport à croix blanche.

    En réalité, la Suisse, longtemps un pays d’émigration[3], gagne aujourd’hui énormément grâce à  l’immigration, autant que les immigrés y gagnent à vivre en Suisse. L’élite politique ainsi que le peuple suisse ont le droit de réguler l’immigration dans leur pays, mais ils n’ont pas le droit de  renier l’apport des immigrés au bien-être de ce pays et accuser ceux-ci pour leurs maux !

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