Le film nous conte des histoires de prime abord banales, composées comme des fresques décrivant le Japon d’aujourd’hui. Comme le titre l’indique, le hasard et l’imagination tiennent une place centrale dans le film de Hamaguchi – le nom original du film est d’ailleurs « Gûzen to sôzô » qui signifie en japonais « hasard et imagination ».

Contes du hasard et autres fantaisies est en fait constitué de trois moyens métrages.

Le premier récit, nommé « Magie », dépeint un triangle amoureux entre un architecte (Kazu – sous les traits de Nakajima Ayumu), une modèle photo (Meiko – Furukawa Kotone) et son agente (Tsugumi – Hyonri). Le deuxième, sobrement titré « En laissant la porte ouverte », traite de la fascination d’une étudiante (Nao – Mori Katsuki) pour un professeur de français (Segawa – Shibukawa Kiyohiko) qui a contribué à l’échec scolaire de son amant (Suzuki – Kai Shôma). L’ultime récit, « A nouveau », évoque une femme solitaire nommée Natsuko (Urabe Fusako) qui se méprend en pensant avoir croisé son ex-petite amie du lycée ; qui s’appelle en réalité Aya (Kawai Aoba) et est femme au foyer.


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Un point commun manifeste entre ces différents contes est l’importance du hasard et de l’imagination dans le déroulé narratif. Les contingences agissent comme un mécanisme, une « roue du destin », pourrait-on formuler, qui détermine inopinément la trajectoire que vont prendre les différents individus. Pour prendre un exemple, on peut penser à Meiko et Kazu (du premier récit) qui manquent de se remettre en couple à la suite d’une conversation houleuse qui se déroule dans les bureaux de l’architecte. Alors qu’ils s’étreignent comme des amants, une collègue fait cependant irruption et les surprend. Confuse et déçue, Meiko s’en va sans dire un mot à Kazu. Que serait-il advenu si la collaboratrice n’était pas revenue ? Les scènes où les spectateurs et spectatrices s’interrogent ainsi sont nombreuses.

Quant à l’imagination, elle apparaît également à plusieurs reprises. Elle se manifeste aussi bien par le truchement d’un roman (dans « En laissant la porte ouverte »), qu’au cours d’une conversation dont le but est de soulager des regrets (dans « A nouveau »).

Cependant, il est nécessaire de relever l’importance de l’intimité. Chacune des « fantaisies » traite d’un genre de communication qui ne peut s’effectuer qu’uniquement grâce à la sincérité de la parole, « s’explorer par les mots » comme le formule Tsugumi (dans « Magie »). Il est à ce propos parfaitement délibéré que la majorité des gros plans du film sur le visage des personnages apparaissent aux moments de confessions, instants où leur for intérieur se révèle. En substance, de telles images expriment l’apogée émotionnel des personnages.

En fin de compte, on a bien conscience que Hamaguchi fait partie des metteurs en scène qui font la part belle à la densité des personnages. Par leur jeu et leurs répliques, les acteurs et actrices épaississent la richesse des rôles qu’ils interprètent, concourant ainsi à l’immersion des spectateurs et spectatrices qui ne peuvent que partager les joies et peines des êtres à l’écran. A l’instar de Drive My Car, véritable ode à la complexité de la nature humaine et au pouvoir du théâtre, Hamaguchi privilégie les longs dialogues filmés en plan-séquences, mêlés à une esthétique épurée et envoûtante. Il dépeint des relations humaines, certes tortueuses, mais toujours sans cynisme ou pessimisme. Pari réussi donc que sont ces Contes du hasard et autres fantaisies !

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