Quel traitement médiatique des enjeux environnementaux? Deux membres de TOPO répondent en interview

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Dans le cadre de la réalisation d’un podcast sur les enjeux environnementaux et leur traitement médiatique, Wael Charif et Alexandre Cespedes, étudiants en Bachelor de géographie et environnement à l’Université de Genève, ont interviewé deux membres de TOPO : Kim Maurer (co-rédactrice en chef de TOPO Journal et ancienne cheffe de la rubrique Technologies et Environnement) et Julius Malin (actuel webmaster de TOPO, ancien co-rédacteur en chef de TOPO Journal, et ancien chef de la rubrique Technologies et Environnement).

Diplômé d’un Bachelor en géographie physique et d’un Master en sciences de l’environnement, Julius Malin est actuellement candidat au doctorat en sociologie environnementale et assistant de recherche sur le projet “Are Religions Becoming Green” à l’Université de Bâle. Ses domaines de spécialisation ainsi que sa recherche de Master, qui fut récompensée du prix Guillaume Rohat, lui permettent d’approcher la question environnementale de manière interdisciplinaire : scientifique, sociale et philosophique.

Diplômée d’un Bachelor en relations internationales et politique gouvernementale et d’un Master interdisciplinaire en droits de l’enfant, Kim Maurer dispose d’une importante expérience professionnelle dans la communication, notamment médiatique et politique. Force de ses domaines de spécialisation et de ses recherches académiques (sur les ambiguïtés journalistiques et les méthodes d’influence médiatiques), elle apporte un regard médiatique et politique quant à la question des enjeux climatiques.

Question 1 : Bonjour à tous les deux et merci d’être présent[.e.]s avec nous aujourd’hui. Notre première question est la suivante : dans une perspective historique, comment le problème climatique a-t-il émergé en tant que problème social ? D’après vous, quel rôle ont eu les médias dans cette émergence ?

Julius Malin : Depuis des temps immémoriaux, les gens sont concernés par les questions environnementales, mais il y a eu une vraie prise de conscience environnementale dans les années 60. Je pourrais citer deux événements-clés : le premier serait la publication du livre Silent Spring [Printemps Silencieux] de Rachel Carson [en 1962] sur l’effet des pesticides sur la faune et la flore. Le deuxième, c’est la diffusion de la photo « Lever de Terre » prise à bord du vaisseau spatial Apollo 8 [en 1968]. Vous la connaissez sûrement, c’est la photo de la Terre qui arrive juste en vue depuis la surface lunaire [voir la bannière]. C’est probablement la photo la plus influente jamais prise car c’est la première à montrer la Terre dans son intégralité. Elle a mis en évidence la fragilité de la Terre, notre seule maison que nous partageons, qui vole isolée dans l’immensité de l’espace. Les médias ont joué un rôle clé dans la diffusion du livre et de la photo : des extraits de Silent Spring ont été imprimés dans le New Yorker par exemple, pour promouvoir le livre. La photo [quant à elle] est devenue célèbre après son utilisation comme timbre pour le United States Postal Service et sa publication dans des magazines à forts tirages, tels que Time et Life. Le livre et la photo ont joué un rôle déterminant dans le développement du mouvement environnemental, notamment en ce qui concerne les philosophies d’écoféminisme et de l’écologie profonde.

Image 1 : Extrait du New York Times du 22 juillet 1962.

Kim Maurer : Oui. Pour soutenir ce que Julius dit, il faut également comprendre qu’en dehors du fait d’être quelque chose de social, la problématique climatique est aussi un enjeu scientifique. Je pense que les médias, par rapport à ça, ont deux rôles. Le premier, c’est la propagation de l’information auprès du grand public. Mais le deuxième, c’est aussi la démocratisation de cette information et la nécessité de simplifier et de vulgariser d’une certaine manière des concepts scientifiques, pour que le plus grand nombre de personnes prenne conscience d’un phénomène et le comprenne.

Question 2 : Justement, que pouvez-vous nous dire sur les liens entre science et journalisme ? Les médias ont-ils un rôle de vulgarisation scientifique ? En va-t-il selon vous de la responsabilité du[.de la] journaliste de rendre la science accessible au plus grand nombre ?

Kim Maurer : En va-t-il de la responsabilité du.de la journaliste ? Certain.e.s diront que oui et d’autres que non. D’une certaine manière le.la journaliste se doit de toute manière, s’il.elle veut être lu.e et compris.e, de rendre ses propos accessibles, car le but du journalisme […] c’est aussi d’avoir un rôle social. On couvre ce rôle en vulgarisant dans un sens, des faits scientifiques et en faisant en sorte que la population puisse assimiler les phénomènes invoqués. Donc personnellement, je dirais que oui, il.elle a ce rôle de vulgarisation. Il.elle est en quelque sorte ce « vecteur » entre science et population.     

Julius Malin : Moi, je dirais qu’avant tout ce sont les scientifiques qui doivent rendre leurs découvertes compréhensibles. Après, les journalistes, à mon avis, ont plutôt un rôle de soutien ; c’est à elles et eux de diffuser un peu les découvertes scientifiques et les informations relatives à l’environnement, mais à la base, ce sont les scientifiques eux.elles-mêmes qui devraient rendre les informations compréhensibles. 

Kim Maurer : Effectivement. Je pense aussi qu’en dehors du fait de partager l’information et d’une certaine manière de la vulgariser ; [il faut comprendre que] le.la journaliste n’a pas forcément la formation d’un.e scientifique. Donc si cette tâche lui revient à 100%, cela peut devenir assez dangereux, parce que l’on risque de perdre certains concepts ou des informations qui sont cruciales et qui ne peuvent être comprises ou explicitées, que par certain.e.s scientifiques. Ce n’est donc pas quelque chose qui lui incombe entièrement, même si je pense personnellement que cela reste tout de même une partie de son travail.

Question 3 : Pensez-vous que le confinement généralisé ainsi que la médiatisation grandissante de l’enjeu climatique que nous avons connue en 2020 a changé le rapport de la société au climat ? Je parle par exemple des effets positifs que l’on a constatés pour l’environnement à cette période-là : la régénération de la nature qui a été assez rapide dans des endroits qui étaient beaucoup moins fréquentés, le retour d’un ciel clair à New Delhi, ce genre de choses.

Julius Malin : À mon avis, c’est trop tôt pour le dire parce que les relations société-climat sont en évolution constante et c’est uniquement après un certain temps qu’il est possible de dire qu’une certaine année a été importante dans l’évolution. Maintenant, on ne sait pas vraiment si le confinement a entraîné une baisse définitive des émissions des gaz à effet de serre parce que l’on voit déjà que les émissions de 2021 sont plus élevées que celles de 2020. Et puis est-ce qu’elles vont rebondir au même niveau qu’en 2019 ? On ne sait pas encore, [mais les dernières prévisions suggèrent que c’est le cas].

Graphique 1 : Émissions mondiales de dioxyde de carbone de 2000 à 2021 – Global Carbon Project 
On constate un net ralentissement des émissions en 2020, mais qui reste faible par rapport à la tendance générale. Selon les estimations actuelles, les émissions pour 2021 ont en effet rebondi pour atteindre le niveau des dix années précédentes.

Question 4 : Je ne sais pas si vous avez vu cette émission* sur le climat qui était passée il y a un peu plus d’un an sur une chaîne française, sur laquelle avait été invitée une scientifique pour présenter le nouveau rapport du GIEC qui venait de sortir, et tous[.tes] les autres [invité.e.s] étaient des climato-sceptiques. Ils[.elles] ont [par la suite] beaucoup été critiqué[.e.]s sur ce choix et se sont défendu[.e.]s en disant qu’ils[.elles] l’avaient fait pour apporter une contradiction, une pluralité des points de vue. Que pouvez-vous nous dire sur ce concept du devoir des médias à apporter des points de vue différents en ce qui concerne l’enjeu climatique ?

Kim Maurer : C’est une question importante, même au-delà des enjeux climatiques. En tant que média, et puis surtout nous chez TOPO, on a cette responsabilité d’être un média pluriel, de faire en sorte de ne pas présenter une vérité seule et unique, mais toutes les vérités dans leurs spectres. Après, c’est vrai qu’il y a toujours une sorte de démarcation et de limite que certain.e.s ont et d’autres pas, à juste titre ou pas. La question est : quand franchit-on une limite quant à la vérité ? C’est-à-dire que vis-à-vis de certains vécus où phénomènes sociaux il peut y avoir plusieurs vérités. Mais après il y a aussi les vérités scientifiques. En l’occurrence le réchauffement climatique ou la problématique environnementale, est quelque chose qui a été prouvé maintes et maintes fois et qu’il est difficile de réfuter, même si beaucoup le tentent. En ce sens, je pense que les médias doivent faire attention à ce qu’ils véhiculent ; car lorsqu’on donne une plateforme [pour s’exprimer], on donne aussi une plateforme pour convaincre d’une certaine manière. Même si on cherche juste à informer, il y a toujours un peu un effet de conviction, malgré soi. C’est donc la responsabilité de chaque rédaction de faire attention à cela et d’exercer correctement son libre arbitre. Je n’ai personnellement pas vu cette émission donc je ne pourrais pas vraiment dire si je pense qu’ils avaient raison ou tort.

Julius Malin : La réalité, c’est que 99% des scientifiques sont persuadé.e.s que les êtres humains modifient le climat à un niveau significatif à l’échelle géologique et à mon avis, c’est trompeur de la part de cette émission de n’avoir invité que des climato-sceptiques. Le problème, c’est que traditionnellement, les médias présentent les deux côtés d’un argument ; mais avec des faits qui sont scientifiquement prouvés, cela ne sert à rien parce que ça sème le doute [là où il ne devrait pas y en avoir]. Il n’y a quasiment aucune incertitude en ce qui concerne [l’existence] du changement climatique. Je me demande donc quel est l’intérêt de créer cette incertitude en n’invitant que des climato-sceptiques quand ça ne reflète pas l’avis de la [quasi-totalité] des scientifiques.         

Kim Maurer : Assurément. Pour expliciter ce que je voulais dire précédemment, c’est que dans une présentation médiatique, il y a toujours un angle qui est choisi. En soi, un sujet c’est juste quelque chose de brut. Le.la journaliste choisit toujours l’angle à travers lequel il.elle veut le présenter. C’est pour cela que je dis que je ne porte pas de jugement sur cette question, n’ayant pas vu l’émission car je ne connais pas l’angle qui avait été pris. Je ne sais pas si la présence de ces climato-sceptiques servait à titre éducatif (par exemple avoir une discussion à travers laquelle ils.elles ont démontré à ces personnes par A + B l’existence de phénomènes qui sont réels et scientifiquement démontrés), ou si l’objectif était de défendre [les positions des climato-sceptiques] et de présenter leurs arguments comme ayant le même poids que ceux des scientifiques ? L’angle est toujours important, dans tout média.

Interviewer : Votre point de vue sur l’angle est intéressant. [En l’occurrence, l’objectif de cette émission n’était pas d’informer les climato-sceptiques sur ces réalités scientifiques, mais de suggérer que ces dernières pouvaient être débattues et d’ironiser les inquiétudes liées au climat.]

Question 5 : On a eu l’avis de Julius sur la période du confinement de 2020 : qu’il était encore un peu tôt pour savoir si cela aurait un réel impact ou non. Je voudrais revenir dessus pour avoir votre avis, Kim. Est-ce que vous pensez que pour les acteur.[rice.s] politiques, cette période est un coup d’épée dans l’eau, ou est-ce qu’elle pourrait apporter un changement structurel plus tard, sur la question de l’enjeu climatique ?

Kim Maurer : Je pense malheureusement qu’actuellement nous sommes dans une situation où… je n’ai pas envie de dire que l’« on » n’est pas prêt.e.s, car tout dépend de qui l’on entend par « on », mais en tout cas que la communauté politique et internationale et plus particulièrement le G20 [ne le sont pas], malgré certaines directives. [Le G20 ne semble] pas disposé à opérer un réel changement structurel et je pense que la raison est liée à des conflits d’intérêts, parce que quand on parle de problématique climatique, il faut aussi réfléchir à : pourquoi est-ce qu’on en est là et quels sont les acteurs principaux de cette problématique ? Quand on regarde les données, on voit bien que la plupart de ces États, qui sont très influents dans les décisions internationales, sont en cause [dans les grosses externalités environnementales négatives]. La pandémie en soi, a peut-être pu éveiller certaines consciences personnelles et populaires, même si je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu un fort changement structurel dans les mentalités communes. Par ailleurs, je ne pense pas que l’on ait pris conscience à l’échelle de la communauté internationale, qu’il fallait vraiment créer un gros changement, un changement radical qui ferait « mal »; c’est-à-dire qui toucherait aux intérêts personnels de certains États […]. On l’a vu avec la récente COP, ou avec d’anciennes promesses étatiques qui avaient été faites pour aujourd’hui, mais qui pour le moment ne sont [toujours] pas tenues et respectées. On continue aujourd’hui encore d’effectuer des promesses pour un avenir plus ou moins lointain, mais il y a peu d’action pour le présent. Et pourtant, la problématique climatique n’est pas quelque chose qui commencera à nous toucher dans 10, 20 ou 30 ans, c’est quelque chose qui nous affecte actuellement. On devrait agir radicalement maintenant. Je pense qu’il y a une position qui est de repousser le problème et de se dire que l’on agit déjà en prenant quelques petites décisions pour plus tard, mais que l’on n’est pas prêt.e.s à avoir ces gros changements maintenant et tout de suite.

Question 6 : Pour rebondir sur cela ; pensez-vous du coup que ces constantes promesses non tenues de la part des États créent un sentiment d’impuissance et de désespoir en la population ?

Kim Maurer : Oui, c’est très probable. Je pense qu’il peut y avoir aussi un peu de lassitude dans le fait que le discours ambiant qui vient d’en haut, donc de nos politiques c’est : de faire attention à nos modes de vie, de recycler, de moins utiliser la voiture, de faire des sacrifices personnels (qui à mon avis, sont très importants ; chaque goutte compte). Mais je pense qu’il y a aussi un sentiment qui pousse à se dire : « nos efforts ne sont que des gouttes ». Chaque personne à son échelle essaye de faire de son mieux, mais pourtant, à l’échelle globale, les chiffres sont moindres. Les plus gros chiffres d’externalités climatiques négatives viennent de multinationales ou de décisions étatiques pour lesquelles on [en tant que citoyen lambda] ne peut faire que peu, si ce n’est user de notre pouvoir démocratique dans les urnes. Donc oui, je pense qu’il y a une lassitude, peut-être même une exaspération et un sentiment d’impuissance dans le fait que le meilleur moyen de résoudre ces problèmes, serait via des opérations structurelles, que l’on peine à notre échelle citoyenne à mettre en place de manière individuelle.

Julius Malin : Je voulais juste revenir sur quelque chose que Kim disait… Elle disait que l’impact du changement climatique est perceptible, là, maintenant. Et moi, je suis d’accord, mais ce n’est pas juste une crise du présent, c’est [également] une crise de l’avenir. Le réchauffement anthropique actuel aura des impacts dans 100’000 ans et c’est symptomatique d’un décalage entre l’échelle temporelle sur laquelle la société fonctionne et l’échelle temporelle du changement climatique. C’est difficile pour un individu comme vous et moi d’apprécier, voire imaginer que nos actions auront un effet dans 100’000 ans et il y a aussi un aspect spatial parce qu’on ne vit pas les expériences des gens de l’autre côté du monde. On ne comprend pas concrètement les empreintes du changement climatique sur eux. On pourrait aussi parler de la notion « d’ailleurs » : on a l’impression que nos déchets sont envoyés « ailleurs », mais ce dont on ne se rend pas compte [par exemple] c’est qu’« ailleurs » est un lieu concret. Le vrai problème, c’est que les questions environnementales posent des questions qui sont au-delà de nos expériences [ce qui veut dire] que l’on n’est pas très bien équipé.e.s pour y répondre.

Question 7 : Intéressant. Vous avez la même réflexion qu’une journaliste que l’on a interviewée il n’y a pas longtemps. On peut donc se permettre cette réflexion sur les enjeux climatiques, alors que dans d’autres pays, ce n’est clairement pas leur priorité, même si ce sont eux qui sont touchés en premier finalement, par ces problèmes-là.

Kim Maurer : [Je ne suis personnellement pas d’accord avec cette dernière affirmation.] Je pense que la question de la responsabilité [du réchauffement climatique] et de qui en est victime, est un point important à soulever. L’enjeu n’est pas juste de « pouvoir se permettre d’y penser ou pas », il faut aborder la grande corrélation négative qu’il y a entre les États les plus responsables de ces changements climatiques actuellement et ceux qui en sont le plus touchés**. [Je pense que les enjeux climatiques sont plus une « priorité » pour reprendre vos mots, pour ces victimes que pour « nous ». Nous, on peut se permettre « d’y penser », mais eux n’ont d’autre choix que le vivre.] Certaines des populations qui sont le plus victimes des modifications environnementales sont des populations qui y contribuent le moins, et inversement**. C’est pour cela que ça devient un vrai défi social, politique, et même légal. On se retrouve avec des personnes déplacées pour raisons climatiques et il faut prendre en compte tout ce que cela sous-tend socialement et légalement. Comment légiférer le déplacement de ces personnes ? Comment protéger ces personnes ? Parce qu’en dehors de cette grande question climatique que l’on peut voir un peu comme quelque chose qui est « au-dessus de nous », au-dessus de « nos compétences personnelles », il y a quand même le destin et la vie de réelles personnes qui sont touchées au quotidien [par les conséquences de nos actions communes].

Question 8 : Dans nos sociétés occidentales, les médias sont disponibles pour tout le monde facilement et on parle beaucoup forcément, de l’enjeu climatique. Pensez-vous que la sur-médiatisation, ou en tout cas que cette forte médiatisation contribue à une lassitude du sujet ou au contraire, qu’il faudrait continuer à en parler pour sensibiliser encore plus ?

Kim Maurer : Il y a bien un effet de lassitude et de désillusion, qui a souvent été démontré, notamment dans l’activisme. [Mais ces quelques effets indésirables ne doivent pas nécessairement délégitimer les actions de sensibilisation.] La population fait face à des cycles vis-à-vis des sujets qui sont traités médiatiquement, c’est-à-dire qu’il y a souvent un moment de prise de conscience, puis une phase de colère populaire, voire de manifestations, suivi d’une baisse [d’engagement]. Souvent, ce vont être certains événements – peut-être certaines catastrophes naturelles ou des éléments qui vont toucher le cœur des citoyens – qui vont recréer un pic d’intérêt et d’engouement. Ce phénomène se retrouve pour plein d’autres sujets : le racisme, le sexisme, le handicap, la question des personnes vulnérables… Est-ce que les médias devraient donc arrêter d’en parler pour empêcher cette lassitude ? Je ne pense pas. Parce qu’au final, on a quand même une responsabilité. Ne pas en parler, c’est aussi activement participer à ce qu’une injustice quelle qu’elle soit, tombe dans l’oubli.

Graphique 2 : “The Movement Cycle” – Movement Net Lab

Julius Malin : Aussi, on a souvent cette hypothèse que si les médias continuent de parler des problèmes environnementaux, nous allons commencer à agir, mais ce n’est pas forcément le cas. Ce n’est pas l’information en elle-même qui nous fait agir ; l’être humain est plus susceptible d’agir quand il voit les résultats de ce qu’il fait. Mais la nature des problèmes environnementaux implique que [souvent] cela est impossible [et voilà où siège le défi].

Question 9 : Comment expliquer cette dichotomie entre omniprésence médiatique et absence de réponse politique ?

Julius Malin : Je ne dirais pas qu’il y a une absence totale de réponse politique. Au contraire, la Suisse, ainsi que de nombreux autres pays ont des lois pour essayer d’éviter certains types de dégradation environnementale. Et puis, depuis de nombreuses années, il y a eu des discussions au niveau international sur le climat. Le problème c’est plutôt que la réponse politique est insuffisante face à l’ampleur des questions environnementales. À mon avis, la raison est que les solutions radicales nécessaires pour mettre fin au réchauffement climatique ne semblent pas viables en vue de la réalité politique. Pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris, c’est-à-dire limiter la hausse des températures à 1,5°C, les pays industrialisés comme la Suisse devront réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 80 à 90 % avec les technologies actuelles. Ça impliquerait une interdiction de voler et d’utiliser des voitures à essence et des changements radicaux à nos régimes alimentaires et d’autres habitudes quotidiennes. En gros, le problème c’est que pour rester au pouvoir, un gouvernement est contraint de plaire aux électeur.rice.s et aux mécènes mais la réalité c’est que ces dernier.ère.s n’aiment pas trop le genre de changement radical, nécessaire pour aborder les problèmes structurels qui étayent notre dépendance sur les combustibles fossiles. [Les manifestations des Gilets jaunes en sont un bon exemple ; une modeste augmentation des taxes sur le diesel a donné le coup d’envoi à deux années de protestations contre le gouvernement français, impliquant trois millions de personnes.]


Pour en savoir plus :
* Emission : CNEWS (6 mai 2019). ‘L’heure des pros’ avec Claire Nouvian, présenté par Pascal Praud.

** Lire : Are environmentally displaced people the great abandoned of the international community? (20 décembre 2021) – Kim Maurer


Pour écouter la version éditée du podcast

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