Pression des médias : tout.e artiste doit-il.elle forcément être un modèle de beauté « skinny » ?

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Adele, Amel Bent, Laurent Ournac, Rebel Wilson, Jonah Hill… ce qui les unit ? Ces artistes ont tou.te.s fait face à la critique du public et des médias sur leur physique ne correspondant pas aux idéaux de beauté actuels. Le culte de la minceur s’est imposé et toute personne non conforme se retrouve dans le viseur des médias. Cette pression médiatique pousse-t-elle ces artistes à drastiquement perdre du poids ?

La célébrité est réputée pour être source de stress et de constante exposition. Ceci est d’autant plus vrai lorsque l’artiste sort du moule. Que ce soit pour un surpoids, une mal-dentition, une apparence trop féminine ou masculine, toute raison est bonne à critiquer. Récemment, Adele et Rebel Wilson, deux artistes internationales, ont fait le buzz pour une toute autre raison que leur métier : elles ont maigri. Cette exposition médiatique s’est avérée être impressionnante, à tel point que Rebel Wilson a récemment affirmé : « En 2019, j’ai sorti quatre films, […] pourtant, j’ai reçu plus de presse l’année suivante quand je n’ai rien fait d’autre que perdre du poids… »* [1]. Pourquoi les médias portent-ils tant d’attention sur le physique des personnalités ?

Plusieurs célébrités ont drastiquement perdu du poids, mais aucun.e n’implique les médias dans sa décision de changer d’apparence. En effet, Adele s’est mise au sport comme exutoire pour éviter des crises d’angoisse et oublier son divorce [2]. Pour Laurent Ournac, ce sont des raisons de santé qui l’ont poussé à être opéré [3]. Jonah Hill de son côté l’a fait pour un nouveau rôle [4] et Rebel Wilson pour avoir plus de chance de tomber enceinte [5]. Ce sont des raisons personnelles qui les ont incités à perdre du poids, les médias ne les auraient donc pas poussés à changer leur image pour correspondre à un idéal de beauté actuel.

On peut tout de même se demander pourquoi être en surpoids est autant source de jugements. Ce lynchage permanent se retrouve non seulement dans la presse à scandale, mais aussi sur les réseaux sociaux. L’éloge de la minceur est toujours présent dans notre société et incite à critiquer tout ce qui diffère de la norme.

Un exemple flagrant est celui de Jonah Hill qui a été désigné comme la « baleine de Wall Street »* [6] par le magazine américain Page Six après que le film Le Loup de Wall Street est sorti. Un autre exemple serait celui de Karl Lagerfeld qui, bien qu’il ait été en surpoids avant sa perte en entrant dans le monde de la mode, qualifiait tout de même Adele « d’un peu trop grosse » [7]. Ces propos blessants le sont d’autant plus quand ils viennent d’une personne ayant vécu la même chose. Cela illustre le fait que non seulement les médias mais aussi les individus, sont impliqués dans les jugements concernant le physique d’autrui. La société renforce par cet intermédiaire le dictat de beauté prônant la minceur ainsi que les complexes qui en découlent. C’est aussi ce que relève Boutaud, professeur en Sciences de l’information et de la communication en Bourgogne, en affirmant qu’un « homme sur deux et 70% des femmes aimeraient peser moins » [8]. Ce mal-être n’est certes pas uniquement créé par les médias, mais ces derniers en restent l’une des causes principales [9]. Ils sont, de plus, définis comme étant « le moyen de communication le plus puissant et omniprésent des normes socioculturelles » [9]. Cette influence n’est pas anodine. Au contraire, selon Infanger, spécialiste dans les domaines de la communication et de l’art, elle est principalement de nature négative [9].

Les études de Boutaud [8] et d’Infanger [9] démontrent que les médias exercent une influence négative sur la population et sur la perception de leur corps. Ceci n’affecte pas seulement les célébrités mais chaque personne y étant exposée ; l’unique différence est que ces artistes sont médiatisé.e.s et s’exposent ainsi plus facilement à la critique.

Un autre élément intéressant à relever concerne la différence entre les hommes et les femmes. Est-ce que la transmission des normes de beauté influence tout autant les deux sexes ? En regardant la littérature concernant ce sujet, on remarque que les femmes sont plus sensibles aux idéaux transmis et sont ainsi plus fréquemment mal dans leur corps. En effet, en France, 70% des femmes se trouvent trop grosses contre 30% chez les hommes [10].

Le 6 mai 2020, après une publication Instagram d’Adele révélant sa nouvelle silhouette, la toile s’était affolée. Entre ses fans impatient.e.s de découvrir son nouvel album et les curieux et curieuses qui découvraient une Adele transformée, le nombre de « likes » avait explosé. Ainsi, après 6 mois d’absence des réseaux sociaux, la chanteuse avait réussi à faire son grand retour en sortant, le 15 octobre 2021, son nouveau single « Easy on me », arrivé à la première place du classement Spotify après seulement 24 heures. Un tel succès démontre que, même si sa perte de poids reste sur toutes les lèvres, son apparence physique n’a pas pris le dessus sur son talent.

https://www.instagram.com/p/B_1VGc5AsoZ/?utm_medium=share_sheet
Publication Instagram d’Adele après 6 mois d’absence sur le réseau social, le 6 mai 2020 dévoilant sa nouvelle apparence. La photo fait le tour de tous les médias et atteint un nombre de « likes » cinq fois plus élevé que ses autres publications.

* Traduit de l’anglais.

Pour aller plus loin :
BARROSO, J., GRODIDIER, L., LARTISIEN, C., NARDAL, S. (9 novembre 2020). La résistance des femmes face aux normes de beauté. La Notion. Disponible à : https://m2mkgurca.wordpress.com/2020/11/09/la-resistance-des-femmes-face-aux-normes-de-beaute/

GAGNÉ, A. C. (2018). La place qu’occupe la publicité de type social dans les magazines féminins. Laval : Université de Laval.

BENT. A. (2014). ‘La Parenthèse inattendue’. France 2. [Youtube]. Disponible à : https://www.youtube.com/watch?v=QItxlXXU_JM – Extrait : de 37:22 à 39:07.

LACHOWSKY, M. (2010). La femme, le poids et la société. La Lettre du gynécologue, (348-49), 6-9.

PIAZZESI, C. & LAVOIE MONGRAIN, C. (2020). Selfies de femmes, négociation normative et production de culture visuelle sur Instagram et Facebook. Recherches féministes, 33(1), 135–151.

REED, R. L. (1998). Image and attitude: The impact of media images on the self-esteem, body image and sexual attitudes of college students. Université de Rhode Island.

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