Les origines des conflits actuels entre le Kosovo et la Serbie sont désormais bien établies. Après avoir été longtemps rattachée à la Serbie, le Kosovo finit par déclarer son indépendance en 2008, bien que 90 % de sa population soit alors albanaise. Cette déclaration n’a pas été acceptée par tous, et sûrement pas par la Serbie qui considère le Kosovo comme faisant partie de son État. Historiquement, le Kosovo était une province indépendante de la Serbie, qui faisait partie de l’ancienne Yougoslavie. En 1989, le nouveau président de la Serbie, Slobodan Milošević, réduit l’autonomie du Kosovo en modifiant la Constitution, ce qui provoque la fureur de la population albanaise du Kosovo [1]. C’est en 1995 que les choses se compliquent davantage avec la création de l’UÇK (Armée de libération du Kosovo), financée en grande partie par l’Albanie et qui revendique la liberté du Kosovo. En février 1998 débute alors la guerre du Kosovo [2]. Pendant cette période, un apartheid étatique est mis en place, réduisant les droits, notamment en matière d’éducation, de santé et de travail. Toutes les écoles dont l’enseignement est dispensé en albanais sont fermées, et les fonctionnaires albanais licenciés. La guerre se terminée en juin 1999, lorsque les Serbes quittent le Kosovo suite à l’intervention de l’OTAN [3].

© Stocklib / pavalena

Depuis plusieurs décennies, la Serbie exige que les véhicules portant à l’origine des plaques d’immatriculation kosovares les remplacent par des plaques serbes pour pouvoir entrer sur son territoire. À la frontière entre le Kosovo et la Serbie, on peut ainsi fréquemment voir des personnes sortir de leur voiture pour changer leur plaque d’immatriculation. Cette fois, Pristina, la capitale du Kosovo, a décidé d’appliquer des mesures réciproques. 

Le 20 septembre dernier, le Kosovo décide que les véhicules portant des plaques d’immatriculation Serbes et voulant entrer dans le pays du Kosovo devraient les changer pour des plaques du Kosovo. Ces nouvelles plaques d’immatriculation coûtent actuellement cinq euros et n’ont une validité que de 60 jours [4]. Afin de faire appliquer cette décision, des forces spéciales sont déployées près des frontières avec la Serbie.

La Serbie désapprouve cette décision. Le 25 septembre 2021, ses citoyens réagissent en manifestant aux frontières et en bloquant des routes [5]. Depuis lors, la Serbie relève son niveau d’urgence et déploie des chars militaires près de sa frontière. Tôt ce matin-là, deux grenades sont lancées sur des bureaux d’enregistrements serbes, les endommageant, bien qu’aucune explosion n’ait été rapportée [6]. Mais la situation s’aggrave lorsqu’à midi on voit des avions de chasse à basse altitude sur le territoire du Kosovo. C’est la première fois depuis la guerre de 1999 que la Serbie déploie des forces armées près de ses frontières avec le Kosovo [5].

KURTI Albin, Premier ministre du Kosovo sur Twitter, 25.09.2021.

Le 27 septembre, l’UE, les Etats-Unis et l’OTAN ont demandé au Kosovo et à la Serbie de réduire les tensions et de discuter. Albin Kurti, premier ministre du Kosovo, était prêt à rencontrer Aleksander Vucic, président de la Serbie, pour parler de la situation à Bruxelles, mais ce dernier a refusé [7].

Face à cette situation, Edi RAMA, premier Ministre d’Albanie, a qualifié cette situation de « théâtrale » et d’« injuste » [8]. Elisa Spiropali, Ministre d’Etat de l’Albanie, a élevé la voix en accord avec le premier Ministre en disant que lorsqu’il n’est pas clair qu’un droit se trouve plutôt d’un côté que de l’autre, il doit y avoir une médiation, mais que dans ce cas, « nous pensons que le droit est pour le Kosovo. La réciprocité est nécessaire pour les accords pris entre le Kosovo et la Serbie. Nous pensons que le Kosovo est dans son droit et qu’il agit légalement par le biais de la police du Kosovo. Il n’y a pas de démonstration de force inutile. C’est le contraire qui se passe en Serbie » [9].

Le 28 septembre, des soldats de l’OTAN (KFOR) sont appelés à réduire et à apaiser les tensions entre les deux pays et sont postés près des frontières. Un accord est conclu deux jours plus tard, après une réunion des négociateurs en chef à Bruxelles, Besnik Bislimi et Petar Petkovic. Deux jours de discussions ont été nécessaires pour parvenir à cette entente [5]. 

L’accord publié par M. Miroslav Lacjak sur Twitter et reproduit ci-dessous en anglais, stipule en trois points qu’à partir du 2 octobre 2021, l’unité de police spéciale déployée sera retirée et remplacée par des casques bleus de l’OTAN (KFOR), pendant environ 2 semaines. Un nouveau régime appelé “Sticker regime” sera appliqué à partir du 4 octobre et les voitures devront apposer un autocollant sur leur plaque d’immatriculation lorsqu’elles entreront dans le pays de l’autre partie [10].

Accord entre le Kosovo et la Serbie, reproduit en anglais :

“Both parties agreed on the following points:
1. The special police units currently deployed at Jarinje and Brnjak CCPs will be removed simultaneously with the roadblocks starting on 2 October 2021 at 8h00 and finishing no later than 16h00. KFOR will deploy at Jarinje and Brnjak CCPs before the beginning of the simultaneous removal and will remain for approximately two weeks to maintain a safe and secure environment and freedom of movement.
2. As of 4 October 2021 at 8h00, the sticker regime as agreed in the framework of the EU- facilitated Dialogue will be applied as a temporary measure until a permanent solution is agreed.
3. A Working Group consisting of the representatives of the EU, Belgrade and Pristina parties, and chaired by the EU will be established to find a permanent solution to the licence plate issue based on EU standards and practices. The first meeting of the Working Group will be held on 21 October 2021 in Brussels. Within six months from its first meeting, the Working Group will present its findings on a permanent solution to the high-level format of the Dialogue.” [10]

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission de l’Union européenne, a salué sur Twitter cet accord conclu après avoir rencontré Aleksander Vucic et Albin Kurti [11].

VON DER LEYEN Ursula, présidente de la Commission de l’Union européenne sur Twitter, 30/09/202.

La guerre du Kosovo est terminée depuis maintenant quelques années, mais les tensions entre les deux pays ne semblent pas refléter la paix. Cette situation illustre bien la phrase d’Harry S. Truman : « L’absence de guerre n’est pas la paix ».

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