Le 26 septembre dernier les Biennois-es ont dit un grand « OUI » pour des repas sains, locaux et issus de l’agriculture biologique dans les différentes crèches et écoles de la région. Les citoyen-nes ont accepté l’initiative à 84%, montrant une volonté affirmée de se tourner à l’avenir vers des produits de proximité et de meilleure qualité. Un crédit de 8,1 millions de francs permettra d’aménager une cuisine dans un EMS qui préparera alors les 270’000 repas par an qui seront ensuite distribués aux différents établissements scolaires, notamment dans des récipients réutilisables. Du côté des coûts, les crèches et les écoles ne paieront pas un franc de plus pour les différents repas et ne verront donc pas leur budget augmenter. Le personnel sera quant à lui également pleinement engagé dans ce processus de restructuration pour une transition accompagnée (1).

L’objectif premier de ce projet ? Apporter des repas de meilleure qualité nutritionnelle, frais, issus de l’agriculture biologique et surtout de proximité pour les crèches et écoles de la région. Un beau projet qui prendra forme en janvier 2023 (1) et qui permettra aux enfants de savourer des produits régionaux tout en les sensibilisant à une consommation plus responsable. 

Lac de Bienne

Avec 84% de oui, le résultat de la votation est également un signal fort qui ouvre la voie vers des réflexions plus larges autour de la question de manger et consommer local. Ces dernières années, en réponse au commerce globalisé, a émergé le mouvement « Buy-local » encourageant les individus, comme son nom l’indique, à « Acheter local » (2). Le message porté par ce mouvement insiste sur les conséquences dramatiques qu’entraînent la consommation de produits importés. A l’ère d’une société mondialisée, consommer devient un acte politique. L’argument principal défendu par le mouvement est écologique : acheter de la nourriture locale revient à réduire la distance de transport d’une marchandise permettant ainsi d’abaisser l’empreinte carbone générée par ces kilomètres. Conséquences : une diminution de la consommation de carburant allant de pair avec une réduction de la pollution de l’air, et suggérant un impact moindre sur l’environnement (2).Le deuxième argument est quant à lui économique : le mouvement du « Buy-local » favorise en effet l’essor de producteurs et productrices locales en encourageant une économie à petite échelle génératrice de nouveaux emplois et donc de nouveaux revenus. En choisissant des commerces locaux, les consommateurs et consommatrices soutiennent directement les personnes travaillant dans la région et permettent ainsi à l’argent dépensé de circuler plus longtemps sur le territoire, assurant une économie circulaire locale. Ce phénomène évite également la désertification des petits commerces et la délocalisation de l’économie et des richesses : l’économie régionale est dynamisée et les solidarités économiques et sociales sont renforcées. Dépendre d’une ou de quelques grosses industries représente un danger pour l’économie, la diversification des sources de richesses est donc toujours une sécurité (3). Finalement, c’est un argument éthique et social qui vient renforcer et consolider les deux premiers intérêts. En effet, se procurer des biens produits dans sa région offre également plus de transparence sur la façon dont le produit a été fabriqué, ainsi que sur les conditions de travail des employé-es. Ceci assure une meilleure traçabilité sur le cheminement d’un produit et sur les conditions sociales des travailleurs et travailleuses derrière ces biens (4). Acheter local, c’est finalement prendre conscience de notre impact sur notre environnement et vouloir plus de clarté sur la composition d’une marchandise, sa provenance ou ses conditions de production. En somme, c’est amener donc plus de respect et de justice à travers notre façon de consommer.

Pour aller plus loin, le film DEMAIN réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent développe et explique avec justesse le concept du « Buy-local » et de ses bienfaits environnementaux avec notamment la création d’une monnaie locale pour une économie à petite échelle. Le film présente des solutions concrètes amenées par différent-es acteurs et actrices en quête de changement.

Des repas dans des établissements scolaires à l’achat de vêtements, de livres, d’objets, de services ou encore d’une monnaie régionale : se tourner vers le local, c’est finalement refuser une société capitaliste de surconsommation en privilégiant une consommation plus juste et plus responsable, où chaque achat devient un geste politique. Bienne nous en donne ici l’exemple.

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