L’impact majeur que l’alimentation entraîne sur l’environnement est à l’heure actuelle incontestable (1). Les répercussions sont variées et touchent nombreux domaines tels que l’eau, le climat, la biodiversité, la biosécurité (2) et le bien-être animal. Parmi toutes les pratiques alimentaires existantes, celles qui incluent une grande quantité de protéines animales et de ses sous-produits rapportent une charge environnementale particulièrement élevée (3). Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (IPCC pour son acronyme en anglais) a conclu que l’incorporation de stratégies d’adaptation des pratiques traditionnelles et la réduction de la production dans l’agriculture et la sylviculture sont des actions-clés pour limiter le changement climatique en termes d’atténuation des gaz à effet de serre (4). Le respect des engagements contractés dans le cadre de l’accord de Paris et les objectifs de développement durable (2, 3, 12 et 13) réclame un changement majeur des systèmes de production et de consommation (18). En effet, la transformation des pratiques actuelles de l’industrie agricole (déterminées par la recherche d’efficience et l’homogénéisation des modes de production et des produits) accompagnée d’une consommation responsable peut contribuer substantiellement à diminuer, voire, mitiger la pluralité des problématiques socio-environnementales (5).

En Europe, le contenu des assiettes correspond à un tiers de l’empreinte écologique (3). Un nombre croissant de citoyens sont concernés par l’impact et les conséquences de leur alimentation. La diminution de la consommation de viande est devenue une ambition prononcée en matière de durabilité, les campagnes qui cherchent à dissuader les mangeurs de consommer des produits d’origine animale (en particulier de la viande) prolifèrent dans le monde entier (6). Dans les pays développés, les régimes alimentaires végétaux (et donc pauvres en carbone) font l’objet d’une croissance non négligeable (7) et les différentes initiatives popularisées telles que « le lundi sans viande » (8) et le mois vegan « veganuary » (9) en témoignent. Les motivations pour adopter ce type d’alimentation sont de plus en plus nombreuses, elles font référence à la santé, à la religion, à l’éthique de l’industrie et au domaine du politique, notamment avec la lutte contre le changement climatique. Toutefois, quels sont les types de régimes alimentaires végétaux les plus répandus ? En quoi consistent-ils exactement ? Face aux grands nombres de régimes revendiqués, il est possible de simplifier le panorama en 5 (10) grands comportements alimentaires (plus et moins stricts) qui éliminent volontairement les aliments d’origine animale.

Le comportement le plus connu concerne le végétarisme qui englobe trois variantes principales: les ovo-lactovégétariens, les lacto-végétariens et les ovo-végétariens. L’interdiction des produits issus de l’abattage des animaux est le fil rouge de ces options, la divergence résidant dans la consommation des produits laitiers et des œufs. Les motivations qui poussent à l’adoption d’un régime végétarien sont de caractère transversal. Ces régimes incorporent par exemple les prescriptions religieuses, la protection animale, le bien-être et la santé (prévention et lutte contre certaines maladies cardiovasculaires), les allergies et les intolérances alimentaires (intolérance au lactose ou intolérance alimentaire à l’œuf). Il existe une posture plus flexible qui facilite la transition à un mode de vie sans viande connue sous le nom de pesco-végétariens. Dans ce régime alimentaire, la consommation du poisson et des crustacés est autorisée, ainsi que des produits laitiers, des œufs et du miel.

Une alternative en vogue, qui est devenue populaire dans le cadre de l’alimentation saine et végétale est le flexitarisme ou semi-végétarisme. Cette catégorie est une option de transition ou d’adaptation (pour certains plus réalisable que le végétalisme) à des comportements alimentaires traditionnels. Elle fait référence à des individus qui renoncent à la viande de manière sporadique (entre une fois par semaine et une fois par mois (7))  dont le principal moteur est la santé (surtout si l’on considère les effets cancérigènes de la viande rouge (12)) et l’intégration de nouvelles pratiques alimentaires qui s’intéressent à la protection de l’environnement et au bien-être animal.

À l’égard des pratiques alimentaires durables, de nouvelles catégories de mangeurs-consommateurs se développent (13). Par exemple, l’alimentation à base de plantes (Plant-based) ne signifie pas un renoncement total aux produits d’origine animale et aux produits laitiers, mais une élection consciente de se nourrir principalement au travers d’un régime centré dans le végétal. Le choix de ce régime est principalement lié à des préoccupations de santé et de bien-être. Il a été largement démontré que les régimes alimentaires végétariens favorisent la santé, notamment en réduisant le risque de développer des maladies coronariennes, de l’hypertension et du diabète, tout en augmentant la longévité (14).

Pour plus d’informations sur les enjeux nutritionnels et les dessous des études sur les régimes végétar/liens, lire la partie 1 de notre série d’articles:

https://topolitique.ch/2021/01/15/faut-il-se-tourner-vers-le-vegetal-en-2021-partie-1/

Ainsi, l’étude « Plant Based Food » (15) mentionne un nouveau comportement alimentaire : les substitariens. Cette catégorie récente de mangeur-consommateur s’intéresse aux produits de substitution d’aliment d’origine animale faite à base de plantes. Elle peut être considérée comme un sous-groupe du type flexitarien qui, curieux, cherche également à modifier les habitudes alimentaires, en essayant d’innovantes propositions qui s’avèrent favorables à la santé et qui encouragent une agriculture plus durable. La posture qui a gagné en popularité ces dernières années est le véganisme (11). Ses adeptes le considèrent une philosophie de vie en revendiquant une idéologie antispéciste et par conséquent, ne consomment aucun produit d’origine animale ou issue de l’exploitation animale. Leur comportement et engagement couvrent tous les domaines de la consommation, les végans allant jusqu’à rejeter l’utilisation du cuir,  de la laine ou de soie, de cosmétiques ou produits ménagers testés sur des animaux ainsi que des lieux comme le cirque ou le zoo. L’adoption de ce type de régime est justifiée par de fortes dimensions éthiques liées au bien-être animal, à la protection de l’environnement et aux bénéfices qui apportent à la santé. Ceux qui suivent la pratique alimentaire du véganisme (exclusion de produits d’origine animale) sont connus sous le nom de végétaliens.

L’alimentation n’est plus une affaire purement physiologique. Les aliments que nous consommons figurent comme des objets symboliques, moraux et politiques. Le choix d’un régime alimentaire à base de végétaux façonne l’identité personnelle et sociale d’un individu en influençant ses valeurs, ses attitudes, et son bien-être (16). En ce qui concerne les raisons qui poussent aux personnes à adopter un régime végétarien, certaines limites doivent être prises en compte. La mesure la plus couramment utilisée pour connaitre les motivations est généralement l’auto-évaluation, cependant sa validité scientifique peut être mise en doute. Elle ne permet pas de distinguer le discours qu’un individu peut avoir concernant ses décisions alimentaires et la pratique effective de celles-ci. En effet, l’auto-évaluation n’intègre pas d’éléments comportementaux ou de variables modératrices, comme les pratiques et la durée d’identification avec une alimentation particulière ou les motivations spécifiques qui motivent ce choix.  De plus, les données sur les pratiques alimentaires sont la plupart du temps limitées géographiquement à l’Europe occidentale et du Nord ainsi qu’aux États-Unis et au Canada (16).

Le monde de l’alimentation est en pleine transformation et les alternatives qu’encouragent les modes d’alimentation végétale -une relation harmonieuse entre la production alimentaire et l’environnement- gagnent doucement du terrain. Sommes-nous confrontés à un changement de paradigme qui va modifier nos façons de nous interroger et d’affronter la problématique de l’alimentation moderne ? Pour être capable de participer activement à l’évolution du système alimentaire, il est essentiel de nous interroger sur le contenu de nous assiettes et sur les conséquences globales de nos choix.  L’année 2021 s’annonce comme une année potentiellement fructueuse pour l’alimentation durable. Le premier sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires sera tenu,  mettant l’accent sur la reconnaissance de la nécessité de transformer le système alimentaire pour améliorer la sécurité nutritionnelle, la santé publique et la durabilité de l’environnement (17).

The Power of Plant-Based Eating – Dr. Joanne Kong (TEDx)
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