Pour son second film, Mélanie Auffret frappe fort : non pas en mettant à nouveau en scène des poules, mais en mêlant cultures littéraire et agricole par le biais d’un paysan au pied du mur.(1)

Raymond est éleveur de poules et vit de leurs œufs. Mais quand la coopérative ne veut plus de son petit commerce, il se voit ruiné. S’il ne trouve pas de solution pour se sauver, adieu sa ferme et ses poules chéries. Alors, inspiré par la lecture de Cyrano de Bergerac qu’il partage avec ses poules, il tente le tout pour le tout en se lançant aveuglément dans la quête du buzz. Pourtant couvert de ridicule, Raymond n’a plus rien à perdre et ne renonce pas son projet fou. Le théâtre pour sauver son petit commerce : un pari audacieux et inattendu, qui nous emmène dans le monde agricole.

Roxane est un film très touchant : il a la force des comédies qui virent subitement au tragique. Peut-être parce qu’ « on se souvient toujours si mal de ceux qui vous ont fait du bien. » (2) Et c’est justement ce que tente de faire Raymond : toucher le cœur des spectateur-trice-s pour donner une seconde chance à ses poules, dont Roxane est le symbole. Et pourtant, personne ne croit en lui. Tous lui répètent qu’il se fait des illusions. Mais ça ne les empêche pas, eux aussi, d’utiliser les œufs comme arme d’indignation et de les lancer sur des voitures par exemple. Le film met en avant des personnages simples, oubliés, qui finissent comme les poules une fois qu’elles ont assez pondu. La menace qui plane prend le pas sur la légèreté apparente dont le film est empreint, et soudain nous nous battons aux côtés de Raymond.

A la fois divertissant et émouvant, Roxane nous plonge dans un univers méconnu et très surprenant pour mêler cinéma et théâtre. L’interprétation du couple principal par Guillaume de Tonquédec et Léa Drucker donne beaucoup de force au film. Sans oublier Gaëtan Roussel qui chante pendant le film : « Fuir ce que tout le monde suit ; vivre peut-être ce que tout le monde fuit… » (3)

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