L’un des piliers de la démocratie est la participation des citoyens et des citoyennes à travers le vote. Néanmoins, les taux d’absentéisme actuels sont très élevés, notamment chez les jeunes. Par exemple, pour la votation du 9 février 2020 à Genève, “les personnes de 18 à 39 ans votent le moins (27,9 %) tandis que les 65 ans et plus sont les électrices et électeurs qui se rendent le plus aux urnes (62,6 %)” (1). Afin de solidifier la démocratie, j’arguerai mon opinion à travers cet éditorial que le vote devrait être un acte civique plus répandu au sein de toute la population, même chez les jeunes.

Afin de comprendre l’importance du droit de vote, il faut le définir dans son contexte historique. Le concept de démocratie remonte à la Grèce antique, quand les patriciens se retrouvaient sur l’Agora. Néanmoins, malgré l’existence multiséculaire de ce système, le droit de vote n’était pas toujours aussi accessible qu’il ne l’est actuellement dans les démocraties occidentales. Aujourd’hui encore, le droit de vote n’est pas garanti dans certains régimes autoritaires. D’ailleurs, l’un des objectifs les plus communs des révolutions est généralement l’accès facilité à la scène politique. A titre d’illustration, l’élément déclencheur de la Révolution américaine, originellement, n’était pas forcément la séparation des 13 colonies de la couronne britannique (ce qui en a été le résultat final), mais plutôt le concept de « Taxation without Representation ». En effet, les colons payaient de lourdes taxes sans avoir de représentants au Parlement à Londres. Ils considéraient que s’ils se faisaient taxer, ils devraient avoir les mêmes droits politiques que leurs homologues sur les îles britanniques (2). Plus récemment, à partir du début du XXème siècle, les Suffragettes ont fait évoluer la législation pour faire accorder le droit de vote aux femmes (3). De manière similaire, aux États-Unis, lors des années 1950-60, le « Civil Rights Movement » a combattu pour l’extension des droits politiques des minorités raciales (4). Dans les trois cas, l’intégration a été acquise par de nombreux efforts et de nombreux sacrifices (4b). Le fait de voter est un signe de reconnaissance envers les décennies de lutte de ces différents groupes.

Discours de Martin Luther King

Non seulement c’est un acte qui honore les activistes ayant permis l’extension du droit de vote, c’est aussi un acte qui défend la légitimité du gouvernement. Avant de voter, afin d’éviter de faire des erreurs de jugement, les citoyens et citoyennes devraient s’informer à propos des institutions politiques, de l’histoire, et des développements de l’actualité. À travers les médias, des recherches personnelles et des conversations avec leurs proches, les citoyens et citoyennes sont capables d’échanger leurs idées et de former leurs opinions. La société actuelle a accès à énormément d’informations, de manière beaucoup plus facile qu’avant la démocratisation d’Internet. Tout le monde est informé, notamment à travers les réseaux sociaux et les médias en ligne, particulièrement adaptés aux jeunes. D’ailleurs, la multitude de moyens (journaux, blogs, vidéos, etc.) permet à chacun et chacune de s’informer à son aise. Le vote est l’aboutissement de ces recherches. Outre le fait de voter de manière plus éclairée, ces éléments leur permettront une meilleure compréhension générale de leur environnement.

De plus, les citoyens et citoyennes votent en fonction de leurs aspirations pour le futur de leur patrie. A travers le vote, la population exprime son attachement à un idéal et à des valeurs, ainsi que sa volonté de préserver la nation à long terme. De plus, les électeurs et électrices reconnaissent en leur candidat(e) préféré(e) la capacité de garantir leurs propres intérêts au niveau local. Les politiciens et politiciennes nouvellement élus se doivent de gouverner en tenant compte des idées de ses électorat.  Élire une administration jugée plus compétente permet de redresser l’équilibre si jamais un gouvernement a montré des failles, car il sera remplacé. Dans ce cas, c’est un vote punitif. Un exemple contemporain est l’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis. Selon Patrick Murray, directeur du Monmouth University Polling Institute, l’éléction se focalisait sur Donald Trump. Le fait que sa perte provoquait une réaction positive plus prononcée que la victoire de Biden en est un exemple (5). Du côté de l’électorat, le fait de ne pas choisir le candidat ou la candidate qui lui corresponde le plus, même si ses chances de victoire sont minimes, peut être perçu comme un signe de désintérêt. Même si c’est un dilemme entre plusieurs individus dont aucun ne corresponde entièrement à l’éléctorat, il y en a nécessairement un qui se rapproche plus de ses valeurs et de ses intérêts.  Ne pas faire ce choix montre que l’électeur ne souhaite pas pleinement participer à la vie politique. Un bulletin de vote qui ne reflète pas de manière sincère les opinions des citoyens va à l’encontre du principe démocratique (6). Finalement, le vote démocratiquement assuré (sans fraude électorale, contrairement à l’exemple des élections biélorusses d’août 2020 (7))  garantit la légitimité du gouvernement en évitant les dérives totalitaires. Ce système établit un compte précis des diverses préférences. Il est normal que chacun ait des opinions distinctes, mais le vote permet d’établir un consensus de la population, à travers la primauté de la majorité. La minorité pourra toujours contester les idées majoritaires, par exemple à travers des initiatives populaires ou des référendums, deux outils démocratiques communs en Suisse, mais elle doit accepter la décision de la majorité. Grâce à ce système, les politiciens et politiciennes prendront des décisions qui seront bénéfiques pour le plus grand nombre de citoyens. Le système démocratique, à condition qu’une grande partie de la population participe, est le meilleur moyen d’assurer l’auto-détermination du peuple.

La démocratie suisse offre régulièrement l’occasion de voter. En effet, en premier lieu, à travers la collégialité et le consensus permis par le principe non-écrit de concordance entre les partis présents au Conseil Fédéral (le Parti Démocrate-Chrétien, les Radicaux-Libéraux, les Socialistes, et l’Union Démocratique du Centre), un réel échange, généralement harmonieux, peut exister entre les diverses sensibilités politiques. Malgré la tripolarisation entre la droite modérée (le PDC et le PLR), la gauche (le PS et les Verts) et l’UDC, qui date de 1990 (8), il y a très peu de polarisation comparé à d’autres pays, tels que les États-Unis (9). Cela atténue la gravité des tensions. En effet, “Le développement de la démocratie de concordance a été influencé par la diversité culturelle du pays, par le fédéralisme, par le système électoral et par la démocratie directe. Le processus politique se caractérise dès lors par la négociation et la recherche du compromis” (10). Malgré les différences de taille et le rôle important de quelques partis majeurs, aucun n’a un poids disproportionné comparé aux autres. Par exemple, selon le site du Parlement suisse, après les élections de 2011, les quatre partis majeurs (le PLR, le PDC, le Parti Socialiste, et l’UDC) ont reçu respectivement 15,1%, 12,3%, 18,7%, et 26,6% du suffrage (11). Même si ces proportions sont considérables pour chacun des partis, aucun n’a un monopole. D’ailleurs, il est intéressant de noter que les citoyens et les citoyennes ne sont pas nécessairement limités et limitées par un seul parti. Par exemple, dans le cas des élections fédérales 2019, certaines personnes ont panaché des listes en essayant de créer une coalition constructive multipartisane au sein des chambres parlementaires. Aussi, le fait que les résultats soient si serrés montre que le peuple ne penche pas majoritairement en faveur d’un seul parti. En conséquence, les institutions qui prennent les décisions représentent une variété d’opinions, donc aucune action ne peut être prise sans consensus. A chaque fois, une majorité des élus et élues, qui représentent les opinions de leur électorat, doivent se mettre d’accord pour approuver le texte de loi. Enfin, le système de fédéralisme, qui cause une décentralisation géographique. Une grande partie des décisions politiques qui ont le plus d’effets sur les citoyens et citoyennes sont prises au niveau de leur commune et de leur canton de résidence, ce qui encourage leur a participation au niveau local. Par exemple, lors des multiples crises actuelles liées au Covid-19, les cantons ont préservé beaucoup d’autonomie. A cause de cette influence directe sur la population, il est d’autant plus important que les citoyens et citoyennes participent aux élections. Les Suisses étant particulièrement privilégiés par le système qui les gouverne, il leur incombe donc la responsabilité de le faire fructifier.

Mais alors pourquoi encourager spécifiquement les jeunes à voter plus régulièrement ? Aux Etats-Unis, 37% des citoyens et citoyennes ayant le droit de vote font partie des générations Millennial (nés entre 1980 et 2000) et Gen Z (nés à partir de 2000) (12). Statistiquement, si la population entre 18 et 39 ans participait plus, des élections pourraient basculer d’un côté ou de l’autre. Néanmoins, malgré son poids démographique, cette tranche d’âge est encore sous-représentée en politique, parce qu’elle considère que les dirigeants et dirigeantes ne s’adressent pas directement à elle (13). Justement, cela crée un cercle vicieux : les politiciens et politiciennes se focalisent majoritairement sur les parts d’électorat qui leur permettent de gagner les élections, parfois au détriment des autres catégories sociales (14). Ces derniers n’accorderont aux jeunes un poids politique adapté que lorsque cette catégorie sera plus présente sur la scène publique. Si notre génération tient vraiment à assurer une place dans la sphère politique, la première étape est de voter. De plus, même au sein de notre tranche d’âge, il y a une grande diversité idéologique. Le fait de voter permet d’illustrer cette riche variété politique. A travers le vote, les jeunes peuvent cristalliser leur engagement.

En conclusion, le vote est essentiel pour avoir une cohésion démocratique. Les étudiants et étudiantes de l’Université de Genève ont tendance à suivre l’actualité attentivement, et à participer régulièrement à des événements et des conférences sur des thématiques contemporaines, ainsi que dans des associations politiques (telle que l’Association des Étudiants Marxistes de l’Université de Genève) (15). Les étudiants et étudiantes doivent prendre avantage de leur temps à l’Université pour développer et échanger leurs opinions. A partir de là, le vote est la continuation naturelle de leur engagement politique.

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Édito