Le 21 septembre dernier, Jean-Michel Blanquer, ministre français de l’éducation, incitait les élèves à se rendre en cours habillées « de façon républicaine » [1], réagissant ainsi au récent mouvement du #lundi14septembre. Ce dernier, lancé par plusieurs lycéennes afin de dénoncer les règlements scolaires leur demandant de se rendre à l’école « en tenue correcte » [2], a fait grand bruit en France voisine. Quelques jours plus tard et plus proche de chez nous, nous découvrions l’existence d’un « t-shirt de la honte » au cycle de Pinchat [3], vêtement devant être porté par les adolescentes en guise de punition pour avoir osé se rendre en cours dans une tenue jugée indécente et/ou ne correspondant pas au règlement interne. Il est toutefois important de rappeler que théoriquement, ce règlement porte sur les tenues de l’ensemble des élèves. Cependant, il est victime d’un biais dans son application, puisque ce ne sont que des jeunes filles qui ont été sanctionnées.

Ces récents épisodes ne sont pas sans nous rappeler les nombreuses autres controverses se rapportant à l’apparence vestimentaire des femmes. Port du voile, longueur des jupes et profondeur du décolleté ne sont qu’exemples du contrôle social continu que subissent ces dernières sur leur façon de se vêtir et d’évoluer dans l’espace public. Ce dernier point n’est évidemment pas récent : de tout temps, les tenues vestimentaires des femmes sont examinées, normées et décriées [4] . Petit retour sur les vêtements féminins ayant longuement fait débat.

Selon l’historien Georges Villagero [5], du 13ème au 18ème siècle, la robe a été un véritable calvaire pour les femmes : en effet, elle les restreignait dans leurs mouvements et n’était pas adaptée à la marche. Sous le règne d’Elisabeth 1ère, certaines étaient même tellement larges et volumineuses que les femmes devaient se tourner pour passer les portes. Dès le 16ème siècle, le corset, accompagnant parfois les robes afin d’y apporter plus de splendeur, fut également un objet de « mise en beauté » du corps des femmes, son but premier étant d’affiner la taille et de mettre en valeur la poitrine [6]. Ces dernières réussirent à s’en débarrasser lors de la Première Guerre mondiale, événement qui les propulsa dans les usines, et qui, afin de leur permettre de travailler convenablement, raccourcit au passage leurs jupes [7]. Ce dernier point fut également objet à scandale dans les années 60, avec l’apparition de la minijupe [8], popularisée par Mary Quant afin de s’émanciper des codes bourgeois et de célébrer la liberté de mouvement. Par la suite, le pantalon, objet porté par les féministes de l’époque afin de s’affranchir des codes masculins, a également eu droit à son heure de gloire [9] : l’historienne Christine Bard y a d’ailleurs consacré un livre, dans lequel elle affirme que le pantalon participe à la « virilisation des femmes » [10] ; selon elle, c’est ce dernier point qui explique le fait que cet habillement ait tant fait scandale. Enfin, le plus célèbre exemple fut celui du bikini, premièrement interdit d’apparition sur les plages italiennes, espagnoles et allemandes [11], puis popularisé par Jayne Mansfield et Marilyn Monroe, et faisant aujourd’hui partie des maillots de bains les plus portés par les femmes.

A travers ce court historique de la mode féminine, il est ainsi possible d’effectuer deux constats : premièrement, les vêtements qui étaient autrefois condamnés font aujourd’hui partie de la garde-robe de la majorité des femmes. D’autre part, cette dernière a toujours été cible de critiques et de scandales : quelle que soit la forme d’un tissu ou ce qu’il dévoilait, la mise en lumière de la nudité féminine a toujours été réprimée, sans doute perçue comme une prise de pouvoir des femmes sur leur corps, fait qui ne devrait pas se dérouler sans « autorisation masculine ».

C’est ici un paradoxe patriarcal qu’il est crucial de souligner : alors que la nudité est constamment mise en avant à travers divers domaines (peinture, sculpture, cinéma, etc.), les femmes se doivent d’être vêtues « convenablement » lorsqu’elles évoluent en société, ceci afin de ne pas réveiller le désir masculin, postulé comme étant irrépressible. C’est ce dernier point qui agitait les deux controverses présentées au début de cet article : le fait d’interdire aux femmes de montrer certaines parties de leur corps soutient que celles-ci pourraient désorienter leurs camarades masculins du but premier de l’école, éduquer. Cependant, à l’ère du féminisme décomplexé et revendiqué, ce type de propos est de plus en plus dénoncé. Certain.e.s se demandent si l’instauration d’un règlement portant sur les tenues vestimentaires ne contribue pas à sexualiser et contrôler le corps des femmes, ainsi qu’à en désigner certains aspects comme n’étant pas dignes d’être dévêtus Ainsi, la conciliation de la théorie et de l’application factuelle du règlement assurerait aux élèves un environnement d’études juste et sain. Cela leur permettrait de grandir et d’évoluer sans honte ni nécessité de cacher leur corps.

Pour aller plus loin:

Podcast:
Institut Français de la Mode, épisodes sur l’histoire de la mode féminine

Lectures :
« Une histoire politique du pantalon », Christine Bard, Paris, Seuil, 2010
« La robe : une histoire culturelle », Georges Vigarello , Paris, Seuil, 2017

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Genre et identités