On croit souvent – à tort – que certains malheurs n’arrivent qu’aux autres et ce, d’autant plus que ces autres sont éloignés géographiquement de nous. On l’a cru avec le coronavirus. Début janvier, on faisait quelques blagues à ce propos. Mi-mars, on rigolait déjà beaucoup moins. On s’est fait cette même réflexion avec les manifestations anti-confinement. C’était un truc d’Américains, cela venait d’un pays où toutes les démesures sont habituelles à nos yeux de Suisses. « Sont cons ces Ricains ! » ai-je pu entendre de certaines bouches. Jusqu’au jour où la tendance a traversé l’Atlantique et a atterri sur nos terres helvétiques. Et depuis, on se rend compte que l’herbe n’est pas moins verte ailleurs.

Le 9 mai, le 19h30 de la RTS [1] annonçait que des centaines de personnes bravaient les règles sanitaires en vigueur pour manifester contre les restrictions imposées dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Après plusieurs semaines en semi-confinement, ces images paraissaient être d’un autre temps : des centaines de personnes, collées les unes aux autres, sans masques, sans gestes barrières, à la merci des gouttelettes infectieuses. Et pourtant, ces images étaient bien réelles. La Suisse, contrairement à certains de ses voisins, n’a pas imposé un confinement strict. Il nous a toujours été possible de nous déplacer librement, de nous voir dans le cadre privé (en petits groupes bien entendu), d’aller faire nos courses sans masques. En somme, comme l’a rappelé Alain Berset au micro de l’émission Forum [2], peu de choses ont été imposées, « il y a toujours des recommandations, elles peuvent être plus ou moins appuyées. Mais on compte beaucoup sur la responsabilité des gens ». Dans ce cas, pourquoi aller manifester puisqu’on a tant de libertés en Suisse, comparé à d’autres pays ? Les manifestants interrogés par les journalistes présents lors de la manifestation exposent leurs raisons [3] . Le premier explique qu’il est là parce qu’il pense que l’Etat lui ment. Un autre ajoute que la crise n’existe pas, que c’est « un grand mensonge ». Certains évoquent également les droits fondamentaux, qui seraient bafoués durant cette période.

Ces arguments un tantinet complotiste ne sont pas sans rappeler le mouvement des anti-vaccins, des personnes refusant l’immunisation active. Elles évoquent plusieurs arguments : l’aluminium contenu dans les vaccins, le risque d’autisme, une méfiance envers l’industrie pharmaceutique, etc. Entre les corona-sceptiques et les anti-vaccins, la logique est relativement semblable, même si les arguments peuvent être différents. Dans les deux cas, on retrouve cette méfiance vis-à-vis des conseils des autorités et la contestation des preuves scientifiques.  

Si j’ai toujours prôné un esprit critique et valorisé la remise en question, j’affectionne aussi le bon sens et surtout, la confiance. Comme l’a très justement expliqué Alain Berset, nos autorités ont compté sur notre responsabilité, ce grand mot que l’on a retrouvé dans toutes les campagnes de prévention. Mais notre gouvernement a aussi misé sur la confiance qu’il a en nous : on peut vaincre le coronavirus sans imposer trop de contraintes à la population suisse. Et je suis convaincue que cette confiance, pour qu’elle soit authentique et durable, doit être réciproque. On peut remettre en question, débattre de certaines mesures imposées par le Conseil Fédéral. Était-ce vraiment nécessaire de stopper à ce point la vie économique ? Fallait-il prendre des mesures plus tôt ? Un peu moins strictes ? C’est sain, et c’est la base d’une démocratie de pouvoir s’exprimer sur les décisions qui sont, d’une certaine façon, prises pour nous. Mais quand il s’agit d’enjeux de santé publique entre autres, il est nécessaire de faire confiance à nos autorités. La majorité d’entre nous n’est ni médecin, ni épidémiologiste, ni spécialiste en gestion de crise. Alors faisons confiance à ceux qui savent de quoi ils parlent.

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Édito