La belle époque : Un bistrot pour vivre à nouveau

Avatar de Elise Vonaesch

La belle époque (2019) n’est pas un film sur l’avant-guerre, mais sur un souvenir que l’on cherche à revivre. Apprêtez-vous à plonger dans le décor de l’époque des Beatles et de Bob Dylan, à la quête d’un amour inoubliable que l’on voudrait faire renaître à l’infini.

Les « voyageurs du temps » fabriquent sur-mesuredes soirées historiques : selon les désirs du client, ils adaptent un lieu ainsi que des personnages à une époque. Pour Victor, un sexagénaire dépressif et anciennement dessinateur, ce sera un souvenir. Mis dehors par sa femme, il décide de revivre une rencontre amoureuse qui remonte à l’année 1974. C’est ainsi qu’immergé dans la fiction d’une reconstitution du café de leur rencontre, il redécouvre la femme qui a marqué sa vie. Mais comment, en revivant le coup de foudre, ne pas tomber à nouveau amoureux ? D’autant plus qu’Antoine, l’entrepreneur du projet, profite de ce voyage dans le temps pour reconquérir l’actrice qui incarne cette femme à l’aide d’une oreillette. Entre jeu de rôle et véritables sentiments, le film plonge dans la mise en scène jusqu’à ne plus en percevoir la frontière avec la réalité. À quel moment faut-il tout interrompre ?

Par Nicolas Bedos, le réalisateur de Monsieur et Madame Adelman, nous faisant lui aussi remonter le temps, La belle époque exprime la puissance du souvenir, tirant sur le regret, à l’aide de substitutions furtives d’images ainsi que de scènes entrecoupées. Suivre Victor dans son passé, dans le bistrot qui était « sa vie, son bureau, sa maison ! », c’est se raccrocher au souvenir alors que c’est tout ce qu’il lui reste. Mais c’est aussi courir le risque de ne plus vouloir finir car, une fois pris au jeu, absolument tout recommence : la vie repart et on s’en va avec. Même quand l’actrice répond non pas à Victor mais au metteur en scène, qui lui aussi voudrait bien revenir en arrière. Mais ne serait-ce pas simplement une manière de se donner une seconde chance ?

La belle époque est un très beau film, avec un Daniel Auteuil romantique, nostalgique de sa jeunesse, suivi de près par Guillaume Canet ; il nous fait formidablement remonter le temps, nous rappelle qu’il peut passer vite, très vite, sans que l’on ne puisse tout contrôler. Et on réalise, les larmes aux yeux, que l’on « réussit quelques brouillons, mais on rate sa vraie vie. »

Tagged in :

Avatar de Elise Vonaesch

Laisser un commentaire