Lundi 11 novembre 2019: 11h52.  Un tremblement de terre d’une magnitude de 5.41 sur l’échelle de Richter ébranle les contreforts du Massif central, faisant 4 blessés et endommageant, pour certains sévèrement, près de 200 bâtiments. Le TGV à proximité est stoppé sur les rails, la centrale nucléaire du Cras, non loin de là, est arrêtée. Les équipes techniques s’activent sur les différents sites industriels SEVESO, présentant des risques majeurs en Ardèche et le long de la Vallée du Rhône, pour un retour à la normale autour du 15 novembre. Les habitants délogés patientent dans des gymnases, tandis que les autres craignent de perdre à leur tour leur maison sous les secousses de potentielles répliques. Le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) en profite pour poser des capteurs sismiques additionnels et rédiger une note d’étude après avoir effectué différents relevés2.

Yann Klinger, sismologue et directeur de recherche CNRS à l’Institut de Physique du Globe de Paris au sein de l’équipe tectonique, explique qu’un séisme est actuellement non-prévisible, que les répliques (autres séismes plus petits et tardifs provoqués par le premier) sont à attendre mais encore une fois non-prévisibles, sinon qu’elles n’arriveront pas dans les prochains jours3. Il est donc incorrect de parler de « séisme induit » comme le fait la presse française pour le séisme de Schiltigheim en Alsace, le lendemain du tremblement en Ardèche. Tout comme de magnitude de 5.4 sur l’échelle de Richter, ce qui scientifiquement ne veut rien dire: l’intensité sismique ne se mesure pas dans une localité comme le fait l’échelle de Richter mais sur une surface conditionnée par le temps, puisqu’un séisme est une onde en déplacement.


Heureusement, les conséquences de ce séisme du 11 novembre restent minimes par rapport à celles que peut en avoir un de cette ampleur. Placez la même faille sous une métropole indonésienne ou sud-américaine, et les morts se chiffreront en centaines voire en milliers ; cela démontre bien l’avancée technologique et sociale dont fait preuve l’Europe et en particulier la France en matière de sismologie et de prévention des risques.

Les techniques de prévention sont nombreuses : veille avec des capteurs sismiques (comme les importants dispositifs ferroviaires placés en bordure de rails), surveillance accrue des sursauts sur les sismographes du Bureau Central Sismologique Français (BCSF), modélisation avec des logiciels géophysiques (SEISAN) pour repérer des « tendances », mesures des caractéristiques géologiques de profondeur et vérification structurale… Pourtant, le séisme est bel et bien le résultat d’une rupture de faille jusqu’alors non-répertoriée. Impossible de le surveiller, de le modéliser et de le prévoir. L’Homme doit faire face à ces aléas naturels, qui sont bien indépendants du réchauffement climatique, relation de causalité soulevée par plusieurs citoyens quant au séisme du Teil.

Quoique.

Une récente étude, publiée par une équipe de chercheurs italiens du Istituto Nazionale di Oceanografia e di Geofisica Sperimentale dans les Seismological Research Letters4, démontre à partir de l’analyse de données sismiques des années 19005, que les facteurs saisonniers ont un impact sur la sismologie régionale. Les chercheurs démontrent par des modèles informatiques qu’un facteur naturel comme une couche de glace sous-surfacique d’un mètre d’épaisseur peut augmenter à la surface les conséquences d’un séisme de magnitude similaire. Ainsi, le séisme de Kemin de magnitude 7.8 a eu des conséquences autrement plus graves que celui de Verny dont la magnitude était de 7.3 ; cela s’explique par le caractère imperméable de la couche de glace sous Kemin, qui a empêché un drainage de la pression, drainage sous-terrain qui a lieu de manière naturelle lors d’un séisme dans un sous-sol non-gelé. On peut donc tout à fait dire que le réchauffement climatique aura bien un seul impact positif à l’avenir si nous ne le stoppons pas, c’est de réduire les conséquences à la surface d’un séisme de grande ampleur en faisant fondre les zones de glaces enterrées dans les régions froides de notre planète Terre.

Si la plupart des systèmes sismiques sont référencés sur le territoire français et surveillés de près par les organismes scientifiques, celui du Teil n’a pas pu être décelé avant son arrivée, d’où la stupeur de la communauté internationale face à ses conséquences. Il faut néanmoins saluer l’efficacité remarquable dont ont fait preuve les unités d’intervention, et le travail de longue haleine que mènent les scientifiques pour toujours mieux comprendre, analyser et surveiller les séismes qui éclatent chaque jour sous nos pieds.

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