Nationalistes arabes, salafistes et djihadistes se battent depuis deux ans et demi en Syrie pour atteindre un même objectif : le renversement du régime despotique de Bachar Al-Assad. Pourtant l’émergence d’un conflit confessionnel entre les fractions de l’opposition risque de mettre en danger une transition vers la paix.

    Liée par la résistance au régime, l’opposition syrienne est loin d’être unie idéologiquement. La prise d’influence de deux groupes proche d’Al Qaida, le Front Jabhat al-Nosra (JAN) et l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), accentue le conflit syrien qui semble insoluble. L’armée syrienne libre (ASL) fait face à des djihadistes qui tiennent un discours sectaire et qui se battent par vocation religieuse plutôt que pour la démocratie.

Combattants de l’ASL / Source : http://roadsmag.com/wp-content/uploads/2013/05/510967-combattants-armee-syrienne-libre-asl.jpg

    En introduisant la dimension religieuse dans le conflit syrien, on se rend compte de la complexité de la situation interne. Il ne s’agit plus d’une simple résistance au régime d’Assad, mais plutôt d’une affirmation des rivalités historiques entre sunnites et chiites de la région. L’opposition est soutenue par les piliers du monde sunnite, notamment l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et les troupes lourdement armées d’Al Qaida. La présence du fondamentalisme sunnite angoisse la minorité chiite dont fait partie Bachar Al-Assad, ce qui l’amène à coopérer avec l’Iran, l’Irak et le Hezbollah libanais. Ces alliances de nature religieuse et géopolitique tendent à internationaliser le conflit. Quels sont les intérêts poursuivis par ces groupes qualifiés de terroristes par la communauté internationale ?

        D’après François Hollande, « Il faut être sûr que ceux qui se chargeront de la transition politique [en Syrie] soient des démocrates.»[1]

Cependant, le poids grandissant du facteur religieux pourrait entraver considérablement l’instauration d’une démocratie dans l’ère post-Assad. Plusieurs zones au nord de la Syrie sont tombées aux mains des extrémistes qui semblent bénéficier de l’instabilité et du chaos. Dans un communiqué, le front Al-Nosra appelle la population syrienne à s’unir sur la base de la charia. L’ASL les accuse de privilégier leurs propres intérêts : L’instauration d’un Etat islamique reposant sur la charia, en faisant recours à la propagande et à des attentats meurtriers.

La polarisation islamique change les rapports de forces ce qui arrange le régime Assad. Les syriens se retrouvent enfermés dans une logique communautaire au détriment des revendications initiales des opposants.

De plus, le discours radical des djihadistes se heurte à celui des opposants modérés ce qui empire la fragmentation de l’opposition. Où sont les voix pacifiques du début de la révolution ?

      La division confessionnelle risque de prendre le dessus sur les revendications  originelles. Compte tenu des faits, le pronostic pour la Syrie est plutôt pessimiste : deux fronts inconciliables, islamisation du conflit et un régime qui est prêt à tout pour rester au pouvoir. La chute du régime ne signifiera pas forcément la fin de l’injustice, car il reste à savoir si le peuple syrien arrivera à dépasser les clivages religieux et à enterrer les idées extrémistes pour se tourner vers son véritable projet commun : la démocratie.

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