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  6 juin 2017 à 10:24
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 Hausse des taxes : La lutte vient de commencer

 

Le mouvement StopLaHausse a gagné : Les étudiant-e-s ne subiront pas de frais d’inscriptions. L’augmentation du budget universitaire de plus d’un demi-million de CHF tombe ainsi à l’eau. Comment le rectorat a-t-il compensé cette perte ? A quelles attaques devons-nous nous préparer ?

 

En 2017, le canton de Genève, financeur principal de l’Université, prévoit une nouvelle coupure de 1% dans le budget universitaire, soit cinq millions CHF d’économies. Dans ce contexte, le rectorat a décidé de mettre en place des frais d’inscriptions, une mesure qui aurait augmenté les revenus de l’Université de 538’000 CHF. Suite à la lutte étudiante StopLaHausse* aboutissant à l’occupation de Dufour le rectorat a supprimé la mesure. Nous l’avons appris en pratique : la résistance, ça paye ! Pourtant, le canton de Genève reste le plus endetté de Suisse. La classe dirigeante a intérêt à faire payer les couches les plus défavorisées, notamment les étudiant-e-s, pour les coûts de leur propre crise du capitalisme. Le conseil d’Etat a ainsi annoncé une réduction de 5% de ses charges de personnel jusqu’à 2018, ce qui touchera évidemment également l’Université. Le rectorat a d’ailleurs constaté : « C’est donc dans un environnement marqué par une très grande incertitude que le budget 2017 est élaboré ». Comment la perte de revenu causée par notre résistance victorieuse a-t-elle été compensée dans le Budget 2017 ? À quelles attaques devons-nous nous attendre ?

 

L’austérité à l’Université 

Dans ce contexte « incertain », le rectorat a décidé d’appliquer une coupure de cinq millions CHF pour 2017 sous forme de gel budgétaire. Chaque faculté voit son budget de facto réduit de 1% même si les coupures ne sont pas définitives. Une réévaluation de la nécessité immédiate des coupures aura lieu en juin. Pour savoir sous quelles formes les facultés économisent de l’argent il suffit de regarder les économies faites entre 2013 et 2015 lorsque 3,75% du budget des facultés avait été coupé : une réduction de la palette des cours offerts dans le cadre des cursus de formation, des postes professoraux à plein temps remplacés par des postes à temps partiel ou même par des chargé-e-s de cours. Voilà la réalité de l’austérité à l’université : rationalisation sur le dos des employé-e-s et de la formation des étudiant-e-s.

 

L’ajout au gel budgétaire

On peut seulement faire des spéculations concernant la forme que prennent ces coupures. Cependant, qu’il s’agisse de licenciements de personnel, de réduction de matériel ou de fermetures de bureaux, toutes ces mesures attaquent les conditions de travail du personnel et/ou impliquent une détérioration des services du rectorat pour nous, les étudiant-e-s. Nous voyons ici que les salarié-e-s du service public et les couches étant les plus attaquées par les coupures dans ce dernier mènent la même lutte ; celle contre le capitalisme nécessitant l’austérité en période de crise.

 

Des bénéfices sur le logement

Néanmoins, le rectorat ne compense pas toutes ses pertes de revenus avec cet agrandissement du gel budgétaire. En plus des coupures, il trouve des revenus supplémentaires. Premièrement, l’université agrandit l’offre de logements et ainsi ses revenus par les loyers. Deuxièmement, elle augmente les prix de location des espaces cafétéria. . Agrandir l’offre de logements étudiants est bien évidemment en faveur des étudiants ; la mesure en soi est la bienvenue. Néanmoins, nous dénonçons fermement le fait que cet investissement se fasse dans une optique de profit. La prestation de logements étudiants abordables pour tout le monde est loin d’être fournie à Genève : nous revendiquons donc que ces bénéfices soient réinvestis dans la location de logements supplémentaires au lieu de servir comme source de revenus compensatoire suivant la logique d’austérité.

 

Des bénéfices sur la nourriture

Il en va de même pour les bénéfices supplémentaires faits à travers la location des espaces cafétéria. La nourriture constitue un besoin primaire des étudiant-e-s. Or, le prix des plats de midi, 10 CHF ou même plus, ne touchent pas tout le monde de la même manière ; des prix unitaires sur un besoin primaire renforcent les inégalités et poussent à l’exclusion des couches les plus défavorisées d’une formation universitaire de qualité. Pourtant, au lieu de fournir une nutrition abordable de qualité, le rectorat extrait davantage de l’argent de l’entreprise gérant les cafétérias. Cette mesure va potentiellement augmenter les prix de la nourriture, baisser sa qualité et/ou bien menacer les conditions de travail des salarié-e-s des cafétérias. De nouveau notre lutte ne restera pas une lutte étudiante isolée. Les salarié-e-s des entreprises privées liées à l’Université peuvent à tout moment se joindre à nous.

 

L’austérité comme outil capitaliste

Le rectorat a ainsi réussi à combler les pertes de 538’000 CHF dans son budget 2017. Pour nous il est crucial de comprendre que le rectorat ne fait pas des coupures budgétaires par « mauvaise volonté ». Dans un certain degré il est plutôt contraint d’exécuter les mesures d’austérité en raison de la fonction même de son poste. Ce faisant, l’Etat bourgeois révèle son vrai visage : le recteur en tant que fonctionnaire agit comme agent des intérêts des capitalistes en pleine crise économique. A Genève comme ailleurs en Suisse, ce sont les baisses des taxes des entreprises pendant des décennies qui sont à l’origine des caisses publiques vides et donc de l’austérité. Les antagonismes de classe sont évidents : nous voulons des logements abordables, des conditions de travail sécurisées et une bonne formation. Eux, les capitalistes, veulent baisser leur taxation, rendre privés les services publics et faire des profits sur nos besoins primaires.

 

Les attaques jusqu’en 2018

Actuellement, dans une situation de crise avec une concurrence de plus en plus accrue et un canton de plus en plus endetté, ces mesures d’austérité dans le secteur public constituent une nécessité pour la classe dirigeante, vu qu’elle n’a pas intérêt à payer elle-même les coûts de la crise. Les prochaines coupures massives à l’Université toquent à la porte avec le plan du Conseil d’Etat de réduire ses charges personnelles de 5% d’ici 2018. Dans le budget 2017, le rectorat se plaint d’un « manque de clarté » concernant les intentions du Conseil d’Etat et justifie ainsi l’usage du gel budgétaire. Nous sommes très clairs là-dessus : les coupures dans le budget 2017 touchent les étudiant-e-s et le personnel de l’Université et l’usage du gel doit être compris comme mesure anticipative en vue des prochaines attaques jusqu’en 2018.

 

Nos conclusions à l’égard de nos prochaines luttes sont les suivantes :

  • La résistance, ça paye !
  • Les pertes de revenus causée par notre victoire sont compensées sur notre dos ou/et sur celui du personnel de l’Université !
  • Les salarié-e-s de l’Université et les étudiant-e-s mènent la même lutte : celle contre le capitalisme et l’austérité qu’il nous impose en période de crise !
  • Les attaques continueront et elles seront beaucoup plus évidentes et douloureuses : nous devons continuer à lutter !
  • Le rectorat sera tôt ou tard obligé soit de s’attaquer frontalement à nous, soit de se joindre à notre lutte !
  • Combattre l’austérité, c’est combattre le capitalisme : notre lutte sera révolutionnaire ou elle ne sera pas !

 

 

 

 

Références

*Le mouvement Stop La Hausse

En septembre 2016, le rectorat annonce sans aucune consultation préalable des étudiant-e-s l’introduction de frais d’inscription pour l’université de Genève dès janvier 2017. Les frais sont fixés à CHF 50 pour les candidat-e-s disposant d’une maturité suisse et à CF 150 pour ceux et celles avec un diplôme étranger.

La CUAE – l’association faîtière et syndicat étudiant – réagit correctement en dénonçant directement la mesure et en appelant les associations étudiantes à s’y opposer. Rapidement, une plateforme de coordination – la plateforme StopLaHausse – est créée, majoritairement composée de membres de la CUAE, de l’espace autogéré Le Nadir et de l’ASEMA, l’association à l’Unige pour l’étude du marxisme, association dont certain-e-s camarades du courant marxiste l’étincelle font partie. Les deux axes de lutte principales sont clairs à partir de la première réunion : premièrement, l’introduction des frais d’inscription sont une hausse de taxe déguisée et donc une mesure d’austérité pure. Deuxièmement, nous nous opposons de manière fondamentale à cette discrimination des étudiant-e-s disposant d’un diplôme étranger.

En début novembre, la plateforme appelle pour une première mobilisation. Plus que 300 personnes participent à ce qui est initialement prévu comme rassemblement festif. Pourtant, la soif politique est flagrante : suite à plusieurs discours ardents, la foule se lance dans une manifestation spontanée. Comme le rectorat continue à insister sur sa mesure antisociale, nous savons que nous devons aller plus loin. La plateforme convoque ensuite une assemblée générale étudiante. Ce faisant, nous créons un espace démocratique auquel tout le monde peut participer et dans lequel nous pouvons discuter nos positions et notre démarche.

Enfin, le 7 décembre, environ 200 étudiant-e-s débarquent à Uni Dufour pour occuper le rectorat. Dans un premier lieu, nous expliquons au secrétaire général que nous occuperons le rectorat jusqu’à ce que la mesure soit retirée. Ensuite, nous démontrons de manière exemplaire comment un grand groupe peut s’organiser lui-même : la nourriture arrive au bon moment et les discussions tenues sont intéressantes et ouvertes. Vers 21h, deux représentants du rectorat affrontent les masses. Il en découle une bonne discussion : plusieurs étudiant-e-s parlent de leur situation précaire, des effets néfastes de l’austérité et de la commercialisation des études. Le rectorat comprend : nous sommes sérieux ! Par la taille et la détermination de notre mouvement, nous avons créé un rapport de force, qui a mis la logique d’austérité et ses représentant-e-s à genoux. L’assemblée générale de minuit décide d’accepter la proposition du rectorat de supprimer sa réforme des frais d’inscription.

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Dersu Heri

Dersu, étudiant en histoire économique internationale, est convaincu de l’unité de la pratique et la théorie politique. Ainsi, en tant que militant de l’ASEMA – Association des étudiant-e-s marxistes de l'UNIGE – , il organise des cercles de lecture et intervient activement dans la politique universitaire.Voir les articles de Dersu Heri  ⟩
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Dario Dietsche

Dario, étudiant en théologie, est convaincu de l’unité de la pratique et la théorie politique. Ainsi, en tant que militant de l’ASEMA – Association des étudiant-e-s marxistes de l'UNIGE – , il organise des cercles de lecture et intervient activement dans la politique universitaire.Voir les articles de Dario Dietsche  ⟩
  • Simon P.

    “La classe dirigeante a intérêt à faire payer les couches les plus défavorisées, notamment les étudiant-e-s” c’est faux, l’immense majorité des étudiants à l’UNIGE sont issue d’une classe moyenne supérieure voir bourgeoise. Ils ne sont pas du tout défavorisés!

    Cependant, toute taxe rend les études moins accessibles aux pauvres (c’est même parfois le but des taxes, comme la taxe sur le tabac), l’augmenter est purement antisocial. Les taxes universitaires peuvent facilement représenter 10% du revenu d’un étudiant pauvre. Les systèmes d’exonérations permettent simplement de camoufler ses injustices et de pouvoir s’en laver les mains.

    Il faut exiger la suppression de l’ensemble des taxes universitaires et financer ça dans l’immédiat par une baisse des hauts salaires en attendant que les impôts suivent… Nos profs sont les plus payés aux mondes avec 17’000 CHF par mois en moyenne, c’est indécent. Le problème est là, il n’est ni dans la légère diminution de l’énorme budget de l’université (1/2 milliards par année), ni dans les taxes, mais bien dans des salaires parfaitement injustifiables.

    Pourquoi ne pas organiser une grève du payement de taxes universitaires?