Ils étaient 100’0001 manifestants le samedi 28 septembre à la manifestation nationale pour le climat devant le Palais fédéral. Ils ont crié, chanté, fait du bruit pour que la politique suisse change, pour qu’elle prenne conscience de l’urgence climatique, pour qu’elle adopte des mesures pour y répondre. Chez les sections jeunes, tous les bords politiques reconnaissent l’importance d’une action climatique. Après la publication du nouveau “Report on Climate Change” de l’IPCC2 dans lequel le groupe de chercheurs met en avant l’urgence à agir, la question se pose de savoir si et comment la “petite” Suisse peut contribuer.

Quelles sont les mesures que les sections jeunes proposent pour atteindre la neutralité carbone que le Conseil Fédéral convoite pour 2050 ? Faut-il des compensations pour être compatibles avec une politique sociale et économique interne ? Si le kérosène venait à être taxé, faudrait-il étoffer l’offre de trains de nuit? Une telle question est inévitable pour les jeunes politicien-ne-s.

Est-ce que les milliers de personnes dans la rue, notamment des jeunes, proposent des solutions réalisables ? Et sont-ils en position de proposer une politique au fait ? Les jeunes partis saluent tous la mobilisation de la jeunesse. Mais leur estimation sur l’impact qu’ont ces exigences “de la rue” diffèrent.

Nous avons posé trois questions aux jeunes sections genevoises des partis qui souhaitent entrer à l’Assemblée fédérale. Voyons ce qu’elles répondent, si elles sont favorables à un vent nouveau à Berne ou convaincues qu’il faut continuer la politique déjà adoptée.

Les jeunes ont montré un certain intérêt pour les questions climatiques notamment via des marches pour le climat qui se sont répétées aux quatre coins de la Suisse. Quel est votre regard sur cette mobilisation et quelle(s) réponse(s) souhaitez-vous défendre devant une Assemblée fédérale confrontée à cette urgence climatique?

JDC Genève
La question climatique a tardé à être abordée. Aujourd’hui, elle fait consensus de manière prononcée, surtout au sein de la jeunesse. Ce symbole est donc extrêmement positif. Il faudra défendre un changement de nos habitudes quotidiennes, revoir notre manière de penser notre confort pour y inclure l’écologie. Par exemple: en verdissant les Cantons, en développant les jardins urbains, en faisant la promotion des produits locaux, repenser notre mobilité pour limiter l’usage de l’avion et d’autres véhicules polluants etc…

Vert’libéraux – Jeunes
Le parti des jeunes vert’libéraux soutient cette mobilisation, dont les effets se font déjà ressentir, à la fois sur les entreprises et dans les intentions de vote de la population. Nous visons la neutralité carbone à l’horizon 2030. Pour ce faire, nous proposons un paquet de 12 mesures, comprenant notamment l’introduction d’une prime climatique fiscalement neutre d’environ CHF 500 par an et par habitant et qui serait financée par une taxe d’incitation de CHF 100 par tonne d’équivalent CO2. Nous nous engageons de plus à défendre la réintroduction d’un bon réseau de trains de nuit grâce, notamment, à l’argent généré par la taxe sur le billet d’avion dont le PVL est l’initiateur. Enfin, nous cherchons à faire de la Suisse le leader mondial des énergies renouvelables et des cleantechs.

Jeunes Vert-e-s
Ces mobilisations pour le climat sont la preuve d’une inquiétude grandissante chez les jeunes. Il ne s’agit plus de savoir quelles seront les conditions du marché du travail, quelles études faire ou s’ils.elles pourront accéder au logement. Ce sont les conditions même de l’existence sur Terre qui sont interrogées et dans un avenir très proche au vu des derniers rapports scientifiques. Les jeunes descendent dans les rues pour prendre en main leur avenir. Face à ça, l’Assemblée fédérale doit prendre des mesures fortes comme celles demandées par l’Initiative des glaciers.

Jeunes Libéraux-Radicaux
D’abord dire que le changement climatique est un défi majeur de notre siècle. En Suisse et dans le monde, nous pouvons en ressentir les effets. Les Jeunes Libéraux-Radicaux reconnaissent que le réchauffement a une origine principalement anthropique et est une réalité scientifique.
Concernant les marches pour le climat, nous saluons l’intérêt et la mobilisation des jeunes. Cependant, il est possible pour les citoyens d’influencer directement sur la politique. Les manifestations et les déclarations médiatiques d’urgence climatique n’ont jamais rien résolu concrètement. Le chemin vers une société durable est une responsabilité commune qui doit engager tous les acteurs de la société, pas simplement le parlement.

Le Conseil fédéral vise la neutralité carbone pour 2050. Quelles sont, d’après vous, les mesures prioritaires pour atteindre cet objectif?

Jeunes Vert-e-s
Les mesures doivent concerner les transports : taxe sur le kérosène et taxe sur le CO2. Il faut interdire les vols court courrier tout en développant les liaisons ferroviaires au sein de l’UE et promouvoir une offre de trains de nuit. Les nouvelles infrastructures routières ne sont pas envisageables. Les centres-villes devraient être interdits au trafic des voitures individuelles pour créer des espaces conviviaux et végétalisés, propres à diminuer les effets des îlots de chaleur.
L’alimentation et l’agriculture ont un grand rôle à jouer. Interdire les élevages intensifs, passer à une alimentation essentiellement végétale et locale, aider à la reconversion des exploitations vers le bio. Promouvoir des espaces en ville pour créer des potagers urbains et des expérimentations en permaculture.

Jeunes Libéraux-Radicaux
Nous soutenons les engagements que la Suisse a pris en signant l’accord de Paris, à savoir une réduction de 50% des émissions d’ici 2030 par rapport à 1990. Tout le monde doit agir à son échelle. L’état et les entreprises, mais aussi les individus en modifiant leur comportement (manger moins de viande, prendre moins l’avion, etc.). L’État doit accompagner cette transition en favorisant les bons comportements et assurer que la transparence des coûts et le principe de pollueur-payeur soient respectés. La collaboration avec les partenaires internationaux doit être une priorité afin que les mesures soient les plus efficaces possible, étant donné que le réchauffement climatique ne s’arrête pas à la frontière suisse.

JDC Genève
Baser notre production énergétique sur les énergies renouvelables et développer un réseau de transports publics (en incluant un réseau de trains nocturnes) accessible financièrement aux jeunes pour inciter à opter pour une mobilité douce sont les deux moyens les plus sûrs, à l’échelle fédérale, pour viser la neutralité carbone. À l’échelle locale, une multitude d’initiatives citoyennes se développent et ont commencé à responsabiliser la population de manière pédagogique et participative.

Vert’libéraux – Jeunes
Nous sommes plus ambitieux que le Conseil Fédéral sur cette question. En effet, nous visons la neutralité carbone à l’horizon 2030 sans compensation à l’étranger. Notre paquet de 12 mesures vise à atteindre cet objectif. La mesure la plus importante selon nous est l’introduction d’une prime climatique fiscalement neutre d’environ CHF 500 par an et par habitant et qui serait financée par une taxe d’incitation de CHF 100 par tonne d’équivalent CO2. Cependant, notre programme s’étend également à une taxe sur les vols, à l’adaptation des infrastructures afin de prioriser la mobilité durable, à la rénovation de notre parc immobilier afin que chaque bâtiment produise de l’énergie, à l’incitation à la finance durable ou encore à un frein au déboisement.

Face à une situation qualifiée d’urgence climatique, des taxes ou des mesures restrictives sont-elles envisageables ? Si oui, lesquelles? Si non, pourquoi?

Jeunes Libéraux-Radicaux
En règle générale, la gestion des émissions de gaz à effet de serre doit se faire à travers des mécanismes de marché. Nous demandons l’intégration au marché d’échange de quotas d’émissions de CO2 de l’Union européenne sur la base de l’accord de Paris. Ce système devrait être étendu progressivement à tous les secteurs de l’économie. Ce système permet de limiter les émissions.
Afin de parvenir à une réduction significative de ces émissions sans imposer de restrictions à la mobilité individuelle, une utilisation plus efficace des ressources ainsi qu’une « vérité » et transparence des coûts sont essentiels.

Jeunes Vert-e-s
Les taxes sont des instruments nécessaires face à l’urgence climatique. Taxe sur le CO2, interdiction des vols court courrier, tous ces instruments sont des mesures restrictives. Mais restreindre certaines options se fait pour offrir à tou.te.s la possibilité de vivre dans les meilleures conditions possibles.
De plus, les taxes doivent être pensées pour ne pas porter préjudice aux ménages déjà en difficulté financière. Ainsi les recettes prélevées doivent être redistribuées de façon équitable. Rendre par exemple les transports en commun plus accessibles avec un prix en fonction du revenu.

Vert’libéraux – Jeunes
Oui, des taxes sont nécessaires selon nous et sont d’ailleurs incluses dans notre programme. Celles-ci doivent cependant être incitatives, redistribuées à la population et investies intelligemment afin de ne pas réduire le pouvoir d’achat des ménages. C’est le mécanisme pour lequel nous nous battons avec notre taxe sur le CO2 ou encore sur les vols. Par ailleurs, lorsqu’un secteur ne peut être adapté au changement climatique et que des alternatives viables existent autre que la simple compensation carbone, des restrictions peuvent être envisagées. Celles-ci doivent cependant demeurer un dernier recours pour des situations où les incitations ne fonctionneraient pas.

JDC Genève
Tout à fait. À la fin du mois de septembre, le Conseil National a voté en faveur d’une taxe sur les billets d’avions proportionnelle à l’impact du vol sur le climat. Il s’agit d’appliquer le principe du pollueur-payeur sans entraver la liberté de voyager. Les fonds récoltés doivent évidemment servir à financer des mesures en lien avec la lutte contre le dérèglement climatique.

, le .
Suisse