14 juin – Brigitte Mantilleri

Une grève des femmes, non, enfin oui, mais pas trop…

Cette grève du 14 juin ne laisse personne indifférent. On a tout entendu ou presque sur la chose…

Une grève, mais quoi, comment, c’est pas dans les taquets, d’ailleurs c’est pas une vraie grève, c’est plus une manif !

Ça, c’est pour ces personnes qui sont hyper à cheval sur les lois et autres règlements dès lors que les représentantes du sexe, dit faible, osent sortir du bois et clamer haut et fort que nom d’une pipe, il serait temps de l’appliquer cette loi sur l’égalité, salariale entre autres. Ces mêmes personnes, souvent bien placées dans les hiérarchies, ne sont nullement dérangées par le fait qu’elles ne sont pas dans les fameux taquets et même hors-la-loi en tolérant des inégalités, quelles qu’elles soient d’ailleurs.

L’affaire Weinstein, MeToo, et quoi encore, une grève ? Elles ont tout et en veulent encore plus.

Là, force est d’en avoir un peu les bras qui tombent car le elles ont tout, pas besoin d’être St Thomas pour voir et que c’est plutôt de la mauvaise foi. Ou bien c’est une lecture bien lacunaire des dernières statistiques en matière de femmes milliardaires, de femmes à la tête du top ten des grandes entreprises mondiales, des institutions, des universités, des pays, et j’en passe et des meilleures. Statistiques qui montrent qu’elles sont encore bien peu nombreuses, celles qui dirigent et, accessoirement, s’en mettent plein le portemonnaie. Par contre, d’autres statistiques concernant la différence salariale, la précarité des retraitées, le harcèlement, les viols et autres féminicides montrent clairement le nombre élevé et affolant de femmes précarisées, importunées, maltraitées, battues, tuées parce qu’elles sont femmes. Donc, n’en déplaise au elles ont tout, (ça s’appelle l’effet kaléidoscopique, on en voit une et on croit en voir mille), on constate que plutôt que d’avoir tout et de s’en mettre plein les poches, les femmes auraient plutôt tendance à avoir peu et à s’en prendre plein la tête, et ça ne date pas d’hier.

Quoi une grève des femmes, mais ça ne va jamais marcher !

Et ça, c’est tout-à-fait passionnant, car là, on se retrouve confrontée à des trous de mémoire béants sur fond d’histoires de crêpages de chignons véhiculées avec bonheur par celles et ceux qui veulent se convaincre, et arrivent à nous convaincre parfois avec succès, de notre incapacité rédhibitoire à nous unir. Oubliant ce faisant, toutes ces masses de femmes qui ont réussi à s’organiser et ont fait bouger des marques en manifestant justement, parfois au péril de leur vie: les Suffragettes; les Folles de la Place de mai en Argentine; les mères russes pour empêcher leurs fils d’être envoyés en Afghanistan; le mouvement MLF; les Suissesses pour obtenir le droit de vote1,pour le droit à l’avortement, le congé maternité, etc. Et, en 1991, cette formidable première Grève des femmes colorée qui envahit les rues dans un joyeux désordre revendicateur et secoua le pays.

Cela constaté, on ne peut que souhaiter plein succès à cette grève du 14 juin suivie des Bastions de l’égalité, dans une sororité certaine, depuis des mois les femmes de tous les milieux, de tous les âges, de tous les types d’institutions, de syndicats et d’associations, et qui sera certainement joyeuse, festive et très justement revendicatrice.

Références

  1. Voir le film l’Ordre divin qui passe au Ciné Transat le vendredi 2 août à 21 heures.

Rédigé par...

Brigitte Mantilleri

Brigitte Mantilleri est directrice du Service égalité de l'UNIGE depuis 2008. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages et biographies relatifs aux enjeux de la politique et à la justice sociale et participe à de nombreux évènements publics relatifs à ces enjeux de société.