Le 17 avril dernier, le hall d’Uni-Mail arborait des couleurs d’entrepreneuriat dans le cadre du forum Aideas, mettant à l’honneur les startups et les jeunes entrepreneurs. Au programme de la sixième édition du forum articulé par l’AIESEC (1), des startups et incubateurs ont animé des stands dans l’optique d’échanger avec la communauté universitaire. Si en 2013, les startups en étaient encore au stade de concept inatteignable dans les esprits du grand public, elles ont depuis peu fait leur bonhomme de chemin, notamment par de tels évènements qui les rendent bien plus accessibles.

Sur le forum, du côté des stands de startups, on retrouve de très jeunes entrepreneurs. Certains projets en sont encore au stade de graines et d’autres ont déjà germé. De Femfriendly (2), une startup qui vient de débuter sa lutte pour l’équité des genres via le thème des menstruations, à MyDIO (3),active depuis deux ans et récompensant les actions écologiques par une monnaie digitale, le mot d’ordre reste « innovation » car tous ont su s’implanter dans un marché complexe. On retrouve aussi des startups déjà établies telles que Michael’s cookies (4),qui produit des cookies locaux, Hegoni (5),qui fabrique des bandanas dont le design est créé en collaboration avec des artistes, ou Goldeutsch (6) / Master English (7), une école de langue qui souhaite briser les codes traditionnels de l’apprentissage des langues. En bref, ces jeunes entrepreneurs semblent être touche-à-tout.

Aux côtés des créateurs de projets, nous retrouvons des incubateurs. Ces derniers sont presque tout aussi jeunes et servent de tremplin pour des projets en tout genre. De l’éducation et l’accompagnement d’idées, comme le fait We Start à l’hébergement et au mentorat, dans lesquels excellent MassChallenge (8) ou FONDETEC (9), le but est de mettre les entrepreneurs au premier plan. Cela peut aussi passer par des agences de marketing digital ou des instituts de sondages.

Au sein d’un marché économique en constante évolution, créateurs de projets, membres de startups et incubateurs soulignent que le facteur « passion » est un impératif. Il est en effet logique qu’il soit bien plus aisé de porter un projet si l’on s’en sent proche car il est connu que l’entrepreneuriat est loin d’être un doux fleuve tranquille. Selon les incubateurs, les personnes passionnées et motivées savent garder le cap en temps de crise. Dans cette même optique, si les jeunes entrepreneurs ne s’entourent pas des personnes-ressources pour leur projet, cela peut être un véritable défi que de savoir s’autoformer et venir à bout des difficultés. Cela demande notamment une dose considérable de persévérance. D’où l’importance du réseautage : savoir établir les bons contacts est fondamental pour trouver des investisseurs, des partenaires et ouvrir un horizon temporel plus large pour un projet initialement pensé sur le court terme.

Ce n’est pas tant dans les communications externes que le réseautage prend tout son sens mais bien car il permet de comprendre l’art de s’entourer d’une bonne équipe. Au grand dam des entrepreneurs, lancer un projet et le faire éclore est très chronophage et induit nécessairement une confrontation à l’échec, de laquelle on peut heureusement sortir grandi. Dans les startups, une bonne répartition et définition des rôles assure un potentiel de succès, cependant cela exige une très bonne auto-compréhension.

Aujourd’hui, notre société évolue fortement sous l’influence de la transition vers une gouvernance participative, notamment via la valorisation du développement durable et le concept de responsabilité sociétale des entreprises (10). Il en est de même pour les startups, notamment celles présentes dans le secteur des services, qui innovent quotidiennement par des méthodes participatives (11). C’est le cas des utilisateurs d’Uber, géant du business participatif qui, rappelons-le, a fait ses débuts en tant que startup (12). Un tel changement de gouvernance implique une transition vers des compétences tournées vers la collaboration. La question est encore brûlante chez les spécialistes des transitions de pouvoir, qui tentent de déterminer quelles aptitudes primeront sur le marché du travail de demain. Selon Deloitte, les « enfants du millénaire » devraient développer une pensée stratégique, de fortes aptitudes interpersonnelles, une vision, de la passion et de l’enthousiasme, un esprit de décision et devraient être capables d’inspirer les autres (13). A cette liste relativement exhaustive peuvent être ajoutées la confiance en soi, la loyauté, la collaboration, ainsi que la capacité de créer des réseaux et des liens (14).

En termes plus concrets, la pensée stratégique englobe à la fois la capacité à prendre des décisions après analyse et celle à résoudre des problèmes de manière créative. Les compétences interpersonnelles et l’art de réseauter permettent de se faire une place de choix dans la société. La passion, l’enthousiasme, l’optimisme, la loyauté et la confiance en soi sont notamment des compétences qui ouvrent la voie vers une gouvernance plus participative. Elles permettent de remettre en cause un modèle centré sur l’individualisme et de parvenir à un agenda de gouvernance plus inclusif. La Commission européenne sur les compétences entrepreneuriales rappelle à ce titre, que la prise de décisions, l’innovation, la collaboration, la capacité à résoudre des problèmes, la négociation et le travail en réseau sont des aptitudes associées à la fois à la capacité à diriger et à l’entrepreneuriat. Les entrepreneurs millenials seraient-ils donc aussi les dirigeants de demain ?

Ce portrait idéal dressé, par où commence-t-on ? Une première piste serait le monde associatif. Effectivement, s’engager dans un projet porté par une association, en fonder une ou simplement aider ponctuellement permet de s’affirmer, de prendre confiance en soi, de faire preuve de loyauté envers une cause et un groupe d’associés. Le milieu universitaire genevois est un terreau très fertile et favorise les associations estudiantines, ce qui permet à tout un chacun de s’investir dans un projet qui lui tient à cœur. Cette transition vers une participation plus active des jeunes dans la société est un parti pris soutenu par un nombre croissant d’Etats et d’institutions publiques. A l’échelle européenne, il existe un plan d’action 2020 pour l’entrepreneuriat, un réseau d’échanges Erasmus pour les jeunes entrepreneurs ainsi que la Youth Entrepreneurship Society, qui priment l’apprentissage par l’expérience et par les rencontres. Des jeunes aux idées, des idées au succès, il s’agit d’oser passer le cap, c’est ce que les visages optimistes des entrepreneurs présents au forum Aideas semblent rappeler.

Remerciements

Je remercie les personnes suivantes d’avoir contribué au contenu de cet article par leurs expériences respectives :

Charlotte Stalder – Présidente du Comité d’Organisation du forum Aideas pour l’AIESEC

Thibault Bornhauser – Goldeutsch, Master English

Michaël Graisier – Michael’s cookies

Emily Sheene et Coline Jeannet – Femfriendly

Oana Monica Vrabie – MassChallenge

Sébastien Mozer – MyDIO

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