Game of Thrones

Série fantastique mais dilemmes actuels ? #1 L’inceste

L’inceste ou le délit de déshonneur du sang dans Game of Thrones

Attention: possibles spoilers pour les personnes n’ayant toujours pas vu les premières saisons de GOT !

La cinquième saison de Game of Throne a (enfin!) commencé. Dans le cadre de cette chronique nous n’allons pas nous concentrer sur la géopolitique de la série (très bien résumée dans une vidéo du Monde (http://www.dailymotion.com/video/x1lu3ke#user_search=1). Nous nous demanderons plutôt si les actions des personnages seraient punissables dans notre monde actuel.

Dans la série, la femme du roi Robert Bartaheon,  Cersei Lannister, couche avec son frère Jaime et de cette relation incestueuse naissent trois enfants. Cette semaine nous nous penchons donc sur l’inceste qui se définit comme une relation entre deux membres au sein d’une même famille. Nous aborderons dans cet article les relations entre des adultes consentants et non entre un adulte et un enfant par exemple.

L’inceste est-il légal en Suisse ? 

Actuellement il est punissable d’une peine privative de liberté de trois au plus ou d’une peine pécuniaire selon l’article 213 du Code pénal suisse. Pourtant, en 2011, un débat a été lançé sur la dépénalisation de l’inceste suite à un postulat de Mme Fehr qui vise à « dépoussiérer le Code civil » afin d’intégrer les « modes de vie divers ». Le Conseil Fédéral est chargé d’écrire un rapport sur la question et demande à  trois experts de rédiger des expertises indépendantes. Parmi eux, Ingeborg Schwenzer, qui souhaite réduire les interdictions visant les mariages entre proches parents. L’affaire suit son cours pour le moment. Mais quid de la situation chez nos voisins ?

L’Allemagne suit un chemin similaire. Le Conseil d’éthique allemand a en effet proposé de dépénaliser les relations sexuelles lorsqu’elles sont consenties entre adultes ayant des liens familiaux proches en septembre 2014. Il estime que le droit pénal n’a pas pour fonction de « perpétuer un tabou social ». La France quant à elle dépénalise l’inceste au lendemain de la Révolution suivie de l’Italie. La France ne réintroduit l’inceste en tant que tel dans son Code pénal qu’en février 2010 bien après les Etats-Unis (1850), le Canada (1893) ou la Grande-Bretagne (1908) qui le punissent plus sévèrement.

On constate ainsi qu’il s’agit d’un acte dont la perception et la condamnation ont évolué selon les pays et les époques. Autrefois toléré dans l’ancienne Egypte au sein des familles de Pharaon, il est devenu un tabou suprême au sein de notre société. Mais pourquoi ? Les arguments évoqués sont d’ordre biologiques, psychologiques et sociaux.
Dans Game Of Throne, aucun des enfants issus de cette relation incestueuse ne souffre de malformations importantes. En est-il de même dans la réalité ? L’interdiction de l’inceste se veut une protection de l’enfant à naître, tant pour sa santé physique que mentale. Certes, le risque de malformation est plus élevé pour des enfants issus de telles relations. Mais ne justifie-t-on pas une approche eugéniste en se basant sur un tel argument ? Que dire alors de certains couples porteurs de gènes qui procréent tout en sachant qu’ils ont un fort pourcentage d’avoir un enfant malformé. Devrait-on aussi leur interdire de procréer ? De plus, si le couple formé ne désire pas avoir d’enfant, cet argument perd de son substrat.

Il faut alors se pencher sur les arguments psychologiques. Lorsque l’on parle d’inceste on pense plus souvent à l’inceste entre un enfant et son parent qu’à l’inceste fraternel. Si l’on peut fortement supposer que l’inceste entre un parent et un enfant implique des rapports de pouvoir, en est-il de même entre un frère et une sœur? En effet, dans le premier cas, même si l’enfant est majeur il a toujours une dépendance affective envers ses parents. De plus, une érotisation de la relation a souvent commencé durant l’enfance mettant en place des relations « teintées de sexualité » parfois de manière inconsciente par les parents mettant en place un « climat incestueux ». On peut imaginer que de tels rapports de force (avec une grande sœur prenant la place de la mère par exemple) peuvent se retrouver dans l’inceste fraternel mais cet aspect reste encore peu étudié.  Un fait étonnant semble toutefois avoir été observé : une attraction « irrésistible  et mutuelle » entre des frères et sœurs qui avaient été séparés durant l’enfance a été décrite. C’est ce qui aurait amené certains frères et sœurs à franchir cette barrière morale en dehors de tout rapport de force. Au delà des raisons qui ont pu pousser à la naissance d’une telle relation, il ne faut oublier que ces individus souffrent de devoir se cacher et que cette interdiction porte atteinte à leur liberté sexuelle en les menaçant d’une peine privative de liberté.

Enfin, pour les anthropologues comme Lévi-Strauss, l’interdiction de l’inceste est un pilier de l’ordre social qui marque le passage de la nature à la culture. Selon lui, il s’agit d’un interdit moral universel, et permettre l’inceste conduirait donc à envoyer un signal fort à la société.  En considérant que la vie sexuelle forme un lien entre l’état social et l’état de nature, permettre l’inceste reviendrait à abolir une des barrières qui nous distingue de l’animal. La prohibition de l’inceste est alors considérée comme un processus qui permet de dépasser la nature en affirmant le caractère supérieur du social sur le naturel.  Certes, la protection de ses citoyens fait partie des prérogatives de l’Etat, en revanche lorsque celui-ci régule la vie intime de personnes consentantes, il outrepasse ses droits.

Références

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/105946c0-21b9-11e0-8fd9-02266347968b/Le_Conseil_f%C3%A9d%C3%A9ral_suscite_lincompr%C3%A9hension_en_voulant_d%C3%A9p%C3%A9naliser_linceste

http://www.cairn.info/l-inceste--9782130541073-page-31.htm

http://www.courrierinternational.com/article/2014/09/25/faut-il-depenaliser-l-inceste-entre-freres-et-soeurs

Rédigé par...

Alyssia Talon

Rédactrice au sein de Topo depuis février 2014, ancienne secrétaire, Alyssia est désormais responsable de l’évènementiel. Suite à un bachelor en science politique à l'université de Genève elle s'exile en terres vaudoises pour entamer un master en Management et Politiques publiques à l’IDHEAP. S’ensuit un semestre dans la capitale bernoise suivi d’un stage de fin de master au sein du pôle évènementiel du service de communication de l’Université de Lausanne (UNICOM). Elle se soucie particulièrement des questions sociales, économiques et écologiques.