La rivière Neretva sépare le quartier croate ( à gauche), du quartier bosniaque-musulman (à droite) à Mostar »

Déchirée par une guerre haineuse et génocidaire pendant les années 90, la Bosnie-Herzégovine cherche encore sa voie 20 ans après. On oublie trop souvent qu’il y a à peine 20 ans, la région des Balkans a connu une horrible guerre inter-ethnique où principalement Serbes, Croates et Bosniaques s’entretuaient en Bosnie-Herzégovine suite à l’éclatement de la Yougoslavie.

A part d’être une guerre territoriale, la Guerre des Balkans était avant tout une guerre identitaire, pleine de haine, où tous les coups étaient permis pour détruire l’identité et l’image de l’autre. Ainsi, viols massifs sur des femmes et actes de « nettoyage ethnique » furent très fréquents. Le génocide de Srebrenica d’environs 8000 bosniaques en juillet 1995 témoigne de la haine et de la violence de cette guerre.

Pendant 10 jours, j’ai pu découvrir ce pays, apprendre à connaître ses habitants et essayer de comprendre la complexité politique de la Bosnie-Herzégovine. Grâce aux rencontres faites à Sarajevo, Mostar et Srebrenica, j’ai pu m’apercevoir du tournant important que connaît aujourd’hui la Bosnie-Herzégovine dans sa quête vers la stabilité politique et la paix interne. Si les Accords de Dayton, signés en 1995, ont pu cesser la guerre et maintenir la paix jusqu’à aujourd’hui, le chantier de la réconciliation reste immense. Dans un pays où les rivalités ethniques sont fortes, on se demande comment une véritable cohésion nationale pourra être créée pour qu’ensemble toute la classe politique puisse apporter les réformes urgentes au développement du pays. Quel projet politique pour cette société bosniennes multi-ethniques du 21ème siècle qui ne compte pas d’ethnies majoritaires (à noter qu’on compte 17 ethnies différentes en Bosnie)?

A Sarajevo, première étape de mon voyage, on se croirait dans un musée d’histoire en plein air. Les époques ottomane, austro-hongroise, communiste et actuelle sont encore visibles dans la capitale bosnienne. L’histoire a fait que la Bosnie-Herzégovine est un pays multiculturel, et à Sarajevo, mosquées, synagogues, églises catholiques et églises orthodoxes se côtoient sans aucune hostilité. Au carrefour entre l’Orient et l’Occident, la Bosnie-Herzégovine est un mélange de différentes cultures. Mais quand on regarde de plus près la société bosnienne d’après-guerre, on se rend compte que les différentes ethnies ne se côtoient en réalité que très peu. A Sarajevo par exemple, les bosniaques-musulmans représentent 77% de la population contre 12% pour les serbes-orthodoxes. A Banja Luka, autre ville de la Bosnie-Herzégovine, 92% des citoyens sont serbes-orthodoxes et seulement 4% sont bosniaques-musulmans. La réalité est que chaque ethnie possède son propre territoire en Bosnie-Herzégovine.

Les grands problèmes politiques de la Bosnie-Herzégovine

Ce phénomène précisé ci-dessus, est dû à la constitution actuelle de la Bosnie-Herzégovine, formulée suite aux Accords de Dayton après la guerre. Véritable casse-tête juridique et politique, cette constitution est l’une des raisons principales pour laquelle le pays est fortement divisé entre ethnies. La Bosnie-Herzégovine est divisée en trois entités politiques : La Fédération de Bosnie-Herzégovine, la République Serbe de Bosnie et le District de Brcko. La Fédération de Bosnie-Herzégovine est elle même également divisée en plusieurs cantons. En bref, l’idée est que croates, serbes et bosniaques aient chacun leur propre territoire. Autre bizarrerie politique de cette constitution est celle de la présidence, composée d’un représentant pour chacune des grandes ethnies du pays, à savoir les bosniaques, serbes et croates. Mais que faire si ces trois ethnies ne se mettent pas d’accords sur les politiques à adopter ? Que faire si l’on est de nationalité bosnienne mais d’origine ethnique rom, monténégrine, hongroise, albanaise, juive, ou autres ? (à rappeler qu’il y a 17 minorités ethniques présentes en Bosnie-Herzégovine qui ne sont pas reconnues par la constitution actuelle, les reconnus sont les bosniaques, serbes et croates).

La semaine prochaine, je traiterai de la manière dont certains bosniens voient l’avenir de leur pays, grâce aux rencontres que j’ai fait

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