votation

Le mythe helvétique

Le 13 février 2011 pourra rester dans l’histoire suisse comme une date de grands regrets. Ce dimanche là, les suisses refusèrent à 56,3% une initiative fédérale pour réduire le nombre d’armes à feu présentes dans les foyers suisses. Pourquoi parler de regrets ? Regrets, pour les morts de Daillon et Meznau de ce début d’année, regret pour les morts par armes à feu à venir, regret pour toutes ces familles qui ont voté contre l’initiative, et qui ont vu leurs proches mourir à cause des armes à feu, regret pour les politiques, qui n’ont jamais pu trouver une solution à la question du nombre élevé d’armes à feu en circulation dans les foyers des familles suisses, regret de savoir que notre pays se classe après les Etats-Unis et le Yémen au nombre d’armes à feu par habitant.

    Ce qui est malheureux dans ce récit sur les armes, est l’absence de tout consensus dans la société suisse sur la nécessité d’apporter une solution à ce problème, car il n’y a pas de consensus sur le fait qu’il s’agit bel et bien d’un problème. Chaque fusillade, drame familial ou suicide par arme sont de trop dans notre pays, mais le débat sur la question ne mobilise pas les foules. C’était comme si dans ce pays, nous étions anesthésiés ou presque habitués à ces actes où armes à feu sont impliquées. Je ne l’espère vraiment pas.

    Heureusement la Suisse ne connaît pas autant de tueries et de massacres tragiques comme il en existe aux Etats-Unis, raison pour laquelle la thématique des armes à feu est si peu médiatisée. Toutefois, notre pays connaît beaucoup trop de drames familiaux violents et de suicides par armes à feu, qui sont des événements très rarement médiatisés.

Après les Etats-Unis, la Suisse a le plus haut taux de suicide par armes au monde ! Le taux d’homicides commis dans un cadre familial en Suisse est le plus élevé d’Europe. Une étude publiée par des chercheurs de l’Université de Berne est arrivée à la conclusion que ces drames familiaux, où un membre de famille prend pour cible ses proches avant de se suicider, s’expliquent par de nombreux facteurs. Le stress, le soutien social et les conditions de vie en sont quelques-unes. Mais, les chercheurs dégagent un facteur déterminant dans tous ces drames familiaux : le fait qu’il y ait une arme à feu dans le lieu de résidence augmente le risque de ce genre d’événements. Dans 86% des drames familiaux étudiés, l’homicide-suicide impliquait une arme à feu.

    Même sans avoir consulté cette étude, un doctorat n’est pas requis pour se rendre compte qu’il y a une relation évidente entre la densité élevée d’armes à feu, et le nombre élevé de suicides ou d’homicides familiaux. Malheureusement, notre pays se distingue en Europe et même mondialement par ces quelques chiffres horrifiants et en même temps attristants. Daillon le 2 janvier 2013 et Meznau le 27 février 2013 sont l’illustration du dommage dont sont capables les personnes dérangées, mais surtout les armes à feu. Le mythe porté par une majorité politique selon lequel, ce sont les armes qui tuent et non les hommes, réduit malheureusement à néant tout espoir d’éviter les homicides et suicides à venir. Arrêtons de croire à ce mythe ! Arrêtons de cacher ces meurtres !

Rédigé par...

Daniel Fyfe

Daniel Fyfe est un des membres fondateurs de Topo. Il a été président de la l'association de 2013 à 2014.